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16/02/2011

Yémen, un exemple


Aram Khatschaturian - Danse du sabre

Un article de Rue 89 parle des "Révoltes arabes : « Au Yémen, le prix à payer serait plus élevé »"

Un commentaire retient l'attention : " le parti islamo-tribal al-Islah," ,J'imagine à quelle époque ils doivent vivre eux. "

Cette remarque est illustrative de l'amalgame entre la religion et l'obscurantisme, voir le terrorisme, d'une part, et le triomphe d'un occident prométhéen, à peine prétentieux et méprisant, d'autre part.

L'ambition de cet article est de tenter de démontrer la faiblesse du commentaire cité et amener ceux qui s'y livrent à reconsidérer leur propos.


La misère n'a pas d'âge.

Les Yeménites vivent comme le reste de la planète en 2011.

Ils sont privés de confort moderne.

Cela n'autorise pas de se moquer d'eux par quelques mots bien sentis d'occidentaux triomphants, d'autant que le Yemen, loin d'être une eception, illustre le sort assez général réservé aux populations de la planète.

Le Yemen, selon les Nations Unies a un indice de développement humain très bas.

Se rappeler de ce simple fait permet de comprendre l'influence du phénomène religieux.

La religion, qu'on l'accepte ou non, est un facteur de résistance et d'espérance à la souffrance des peuples soumis à l'exploitation du monde occidental, bafouant - souvent inutilement - leurs valeurs traditionnelles.

Il n'est donc pas possible de stigmatiser un phénomène qui s'affirme en réaction aux atteintes d'un mode de société injuste, dénoncé y compris en Europe.

Les torts sont partagés.

 

L'interaction entre le libre échange et l'influence des religions dans les pays pauvres n'est jamais évoquée dans les débats.

Plus le premier s'impose avec ses inconvénients, plus le second s'affirme comme un ultime refuge et prend de l'influence.

Baudelaire a caractérise cette interaction : «J'entends par progrès la diminution progressive de l'âme et la domination progressive de la matière.» (source)

 

Le libre échange n'a rien de moderne quand il aboutit à nier la dignité humaine, comme cela se constate trop souvent.

La tradition religieuse est le refuge de 80% de la population mondiale soumise à la brutalité technique du progrès, qui profite aux 20% restant.

 

La responsabilité est politique.

 

Le poltique a abdiqué devant l'économie puis la finance (voir les débats en Belgique). Le politique ne remplit plus qu'un rôle de communicant dans une "démocratie discursive", selon Habermas. Chaque jour qui passe confirme un peu plus cette fonction limitée.

Il n'y a pas de "guerre de civilisation", comme il n'y a pas de "fin de l'histoire", mais un changement d'échelle du rapport de domination entre privilégiés et exploités. La lutte des classes s'est mondialisée, elle a débordé les frontières et les Etats.

Paradoxe idéologique, les néo-conservateurs sont parvenus au stade utlitme du marxisme en effaçant le rôle politique de l'Etat.

C'est à se demander si l'Etat existe encore de façon autonome, capable de s'imposer aux intérêts des grandes compagnies, des lobbys.

 

Le mépris récurent et triomphant pour la santé des consommateurs ou celle des travailleurs, la régression sociale au bénéfice du seul profit, soulignent la désertion du politique, l'inefficience de l'Etat et des institutions.

Les élus ont abandonné toute fierté à n'être que des serviteurs d'intérêts privés. C'est la raison de leur perte de légitimité.

 

C'est dans ce cadre-là que le phénomène religieux apparaît comme le dernier recours à l'expression d'une volonté supérieure, de la justice.

 

Les Lumières, dont l'école de Francfort a fait la crique s'adresse à une population aisée, lettrée.

Le développement industriel a abandonné les exclus du progrès au secours de la religion (Abbé Pierre, soeurs de Calcutta, et Cie).

La religion a un rôle social régulateur, paliant l'insuffisance croissante de la solidarité nationale ou internationale, victime d'une poltique comptable, au service des égoïsmes. C'est une politique à court terme, compte tenu des conséquences des déséquilibres induits qui frapperont tout le monde.

 

Une erreur est de généraliser la critique du phénomène religieux en le résumant à un seul amalgame confus.

 

L'intégrisme n'est qu'une frange de la religion comme le Fn est une frange de la politique française. Tous les crouyants ne sont pas intégristes.

La généralisation paraît clairement excessive comme tous les Français ne votent pas Fn comme tous les croyants ne sont aps intégristes.

Généraliser conduit à vexer toute une population, engendrer l'incompréhension, entretenir les préjugés et briser le dialogue (voir le traitement médiatique réservé à Tariq Ramadan).

 

La stratégie médiatique de la généralisation n'est pas forcément fortuite.

 

La religion, quelle qu'elle soit, propose souvent une doctrine ayant des incompatibilités, plus ou moins sévères, au capitalisme-financier.

 

L'expression souvent agressive de l'opposition occidentale au religieux ne peut que convaincre les croyants d'une hostilité.

 

L'incommunicabilité ainsi organisée par le "populisme industriel" et la "dictature financière" cristalise l'opposition mondiale entre les adorateurs du dollar et les autres croyants. L'argent apparaît l'élément déterminant dans l'opposition du monde entre ceux qui n'ont pas la foi et ceux qui l'ont. L'occident athée méprise 80% de la population mondiale sans douter de la pérennité d'un tel déséquilibre.

 

Les sectateurs de la spéculation sont les meilleurs promoteurs du terrorisme, bien plus que la religion.

 

L'ignorer paraît être l'erreur de l'analyse occidentale du phénomène terroriste, où l'amalgame avec le religieux et sa confusion finissent par fermer les portes du dialogue. Il en naît l'ignorance et la méfiance de l'altérité. Cela favorise les extrémismes et leur permet de prospérer.

 

Pourquoi donc, alors, ne pas faire autrement ?

 

La solution est politique.

 

Foirce est de constater que le politique n'agit plus beaucoup. Il suit.

 

L'environnement en offre un exemple.

 

La désertion du politique se traduit par la culpabilisation des individus soumis à un système et qui ne peuvent rien y changer, à moins de se constituer en force poltique pour conquérir le pouvoir, d'où l'émergence de mouvements écologistes.

 

En matière d'environnement, le discours politique dominant est de culpabiliser le consommateur, quand la solution passerait bien plus efficacement par une rationnalisation des modes de production et de distribution. Le poltique ne s'y résoud pas parce que l'industrie et la finance le subventionnent, le font vivre, l'entretiennent (voir le livre de Martin Hirsch).

 

Pour le terrorisme, c'est pareil.

 

Il est plus facile de stigmatiser des populations en état de faiblesse sur leur apparténance religieuse, au risque de faire passer des personnes comme Carlos ou Ben Laden pour des "Zorros" modernes, que de s'attacher à leur assurer un plus juste partage des richesses, qui les éloigneraient d'une pratique ayant pour principal effet de leur permettre de supporter la misère.

Prendre en compte cette relation entre le mode de société matérialiste et la promotion du terrorisme reviendrait à devoir s'interroger sur la pertinence de son propre système, sa logique consumériste et ses effets dévastateurs ; lesquels - perversité du système - sont réservés à des populations exotiques - loin des yeux - accablée en plus de s'abandonner à "l'obscurantisme religieux", les livrant définitivement à l'incompréhension de ceux qui, vivant dans le confort, sont surpris d'autant d'ingratitude.

 

L'obscurantisme financier aveuglant l'occident trouve ses sources dans l'idéologie des Lumières, socle de la pensée politique contemporaine.

Le discours antiterroriste s'en inspire - la lutte contre le religieux - sans peur de se contredire, oubliant que la Révolution a promu la dimension poltique de la "Terreur".

Mettre en cause le discours antiterroriste a des incidences idéologiques, puisqu'il risque d'amener à critiquer un pilier des Lumières, nonobstant la dimension de classe qui sous-tend l'illuminisme, l'idéologie des notables (Cf. Jacques Ellul).

 

L'actualité montre de plus en plus souvent un occident incapable d'appliquer à lui-même les leçons qu'il prétend donner aux autres.

L'actualité montre aussi un éveil des consciences, non pas dans un occident humaniste, mais dans un orient imprégné de cultures religieuses.

Ce paradoxe signale l'absence d'influence des Lumières dans son propre sanctuaire, à moins de n'être qu'une imposture.

La crainte du terrorisme est peut-être un paravent servant à masquer cette imposture et détourner l'attention d'une opinion dotée d'un esprit critique de plus en plus aiguisé ; lequel s'exercerait sinon sur une idéologie pensée pour l'intérêt d'une seule classe.

 

C'est l'inconvénient des révolutions.

 

Elles ne sont souvent un progrès que lorsqu'elles confirment les classes possédantes au pouvoir ; beaucoup moins souvent quand elle font progresser les droits fondamentaux.

 

La Tunisie et l'Egypte ne s'inscrivent donc peut-être pas, pour le moment, dans l'acceptation occidentale du terme "révolution".

 

Quant aux Yéménites, ils vivent peut-être bien plus au présent que les 20% de la population mondiale qui consomment les 80% des ressources de la planète, pour, tout simplement, vivre au jour le jour avec un revenu inférieur à un dollar.

Se revéiller le matin sans savoir si on aura mangé le soir amplifie la sensation du temps présent. L'endetteement des ménages occidentaux à plus d'un an montre que ces pays ne vivent plus, eux, dans le temps présent et n'ont plus le sens des réalités. C'est encore une fois une question politique.

Cela ne garantit pas l'affirmation de la démocratie au Yemen, ni les droits de l'homme dans l'arc arabo musulman ; mais cela n'autorise en aucun cas de les mépriser.

 

L'actualité montre que les dictateurs sont les alliés des démocraties. Les démocraties ne défilent pas dans les rues, pour soutenir les peuples qui manifestent pour plus de liberté et de justice au risque de leur vie, eux.

حظا سعيدا لجميع الرجال والنساء ذوي النوايا الحسنة.

Commentaires

présent et n'ont plus le sens des réalités. C'est encore une fois une question politique.

Écrit par : blings of london | 23/02/2011

L'islam n'est pas une religion. C'est vraiment un système politique inégalitaire fondé sur un livre qui s'appelle le Coran, opprimant les femmes, et donc, moyen-âgeux.

Écrit par : Indignites | 22/04/2011

Les commentaires sont fermés.