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10/02/2011

Laetitia Perrais victime du discours sécuritaire


Laetitia

L'affaire Laetitia Perrais et le vent de fronde que les commentaires du président français ont soulevé révèlent un aspect sociologique dans la politique sécuritaire.

L'aspect paradoxal du discours sécuritaire et ses effets législatifs aboutissent à une désertion politique du débat en le transférant au domaine exclusif du droit, alors que la sécurité est un domaine transversal qui ne peut pas être réduit au seul domaine juridique.


Il est éminament politique parce que :

La sécurité ne revèle pas seulement d'un traitement pénal. Elle est un ensemble équilibré et cohérent de poltiques. La sécurité dépend de la conjonction des services publics de la santé, du logement, de l'emploi, de l'instruction, des transports, de l'aménagement du territoire, de la consommation, ...

Le domaine est vaste comme l'énonce l'article 6 de la déclaration universelle des droits de l'homme : "Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique."

"La reconnaissance en tous lieux de la personnalité juridique" implique le respect de tous les droits attachés à cette personnalité juridique, c'est-à-dire ceux énoncés dans la déclaration et consacré par des traités internationaux ayant un effet direct, qui n'ont pas besoin d'être transposés en droit interne pour être effectifs, invocables devant le juge national.

Le discours sécuritaire et l'accumulation des textes conduisent donc à dépolitiser le débat et déresponsabiliser le politique en le limitant et le transférant au domaine exclusif du droit.

Et de fait, partout en Europe, l'Etat se désengage dans tous les domaines garantissant la sécurité du citoyen (privatisation des services publics, réduction des remboursements médicaux, spéculation immobilière y compris dans les logements sociaux, réfrome des retraites, ...)

Le discours sécuritaire est un habillage de la stratégie du politique à abandonner le social - conformément à la doctrine néo libérale dominante qui gouverne - tout en  lui offrant le moyen se disculper de ses conséquences - et/ou de son impéritie - en en reportant la responsabilité exclusivement sur le pouvoir judiciaire.

Le discours et la politique sécuritaires travestissent en fait la désertion politique et son abandon du rôle social de l'Etat.

L'affaire Leatitia Perrais, en France, le montre dans le sens où le drame illustre les conséquences d'une insuffisance de moyens judiciaires mais aussi un échec de la société à former et éduquer des "être humains (...) doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité", comme le proclame l'article Premier de la déclaration universelle des droits de l'Homme.

L'article premier pose une obligation à la charge des Etats, à laquelle s'engagent de veiller les politiques une fois élus.

Le discours sécuritaire se fait donc au mépris de leurs obligations fondamentales.

La politique néo-libérale réduit le rôle de l'Etat à la satisfaction d'égoïsmes, la Nation à une garantie de plus-values pour cet Etat. Une telle doctrine aboutit à la négation des communautés de destin et de leur culture. Cette stratégie peut aussi se dissimuler sous l'apparence d'un "problème liguistique". Elle se résume invariablement par "Business first".

Le discours sécuritaire est le marqueur d'un monde de brutes.

C'est un point de vue tiré des travaux de Laurent Mucchielli.

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