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27/02/2009

Les mésaventures de Fortix la gauloise.

Fortis Modrikammen.jpgL'accord entre l'Etat et la BNP arrive à son terme. La banque française avait un projet stratégique : celui de devenir la plus grande banque de dépôt de la zone euro. Les procédures ont ralenti et annulé l'accord lui permettant d'atteindre ce but tout en sauvant la banque belge et ses salariés. Au risque de voir tout s'annuler, le retour des Français chez eux ne résoud pas le problème de certains Belges qui s'inquiètent bien plus de la valeur de leurs actions que du drame social qui se prépare. Chronique d'un manque d'humanité.


Le comportement confus des actionaires révèle un acharnement cupide au point de les aveugler. Leur souci de récupérer un maximum de valeur sur un titre massacré par la mauvaise gestion des dirgeants qu'ils avaient eux-mêmes mis en place - et dont certains continuent à siéger au conseil d'administration après plusieurs assemblées générales - témoigne d'une grande incohérence. Il devient aberrant que ceux qui ont choisi et approuvé les responsables de la faillite se plaignent de l'ingratitude d'un tiers. L'alcoolique au volant parti dans le mur qui agresse les secours...

logo_BNP_Paribas.jpgLa BNP a accepté une transaction et supporte des frais liés à l'incertitude des revendications toujours plus exigeantes entretenues par des déclarations vindicatives et xénophobes (1). Fortis n'a jamais été réputée pour sa sympathie envers les petits salaires. Entendre ses actionnaires se plaindre d'un raisonnement trop intéressé de la part d'une autre banque, c'est l'hôpital qui se moque de la charité. La lassitude de Benoît Prot est compréhensible quand il déclare que le rachat de Fortis n'est pas vital pour la BNP.

capitalisme_sentimental.jpgLa mésaventure de la BNP n'est pas faîte pour rassurer les investisseurs. Elle va dissuader les repreneurs pour quelques années par la démonstration de la complexité tortueuse d'une certaine mentalité aparaissant à travers cette affaire ; au point, à terme peut-être, de ne voir rester que les actionnaires pour racheter leurs propres entreprises en faillite, s'il n'y a pas de Chinois (2) pour tout vendre et se rembourser avant. Sérieuse concurrence en matière de rapacité...

Une autre solution - jamais évoquée - serait que les salariés de Fortis fondent une société coopérative pour reprendre leur banque et sauver leurs emplois avec le soutien de l'Etat et de leurs syndicats. Pourquoi ne pas faire confiance plutôt à un personnel qui a démontré sa valeur qu'à des dirigeants critiquables et des actionnaires amnésiques ? Fortis représente des emplois et un outil économique essentiel avant d'être le jouet de prétentions capricieuses. Insuffler un peu d'ambition au nom de l'intérêt général dans le dossier Fortis, plutôt que d'entretnir les égoïsmes, le rendra plus supportable à l'opinion. En faire un exemple d'actionnariat responsable, voilà un beau défi pour le PS dans un pays où Fortis symbolise l'échec du libéralisme. L'altruisme ne semble pas caractériser l'esprit gaulois, même celui des plus braves. Jules César racontait bien ce qui l'arrangeait pour se faire bien voir du Sénat.

CLOCHEMERLE.jpgEn tout état de cause, l'entêtement des actionnaires de Fortis risque bien de peser au final sur le contribuable (3) qui, lui, n'a jamais touché de coupon quand la banque en distribuait. Le fleuron bancaire belge pourrait  devenir le Clochermerle de l'histoire de la finance, triste épilogue pour un modèle du "libéralisme à la belge" (4),  si le stand alone se métamorphosait en un dead alone.

Le sort  des salariés de Fortis a toujours été relégué au deuxième plan. Il est pourtant la conséquence du comportement des actionnaires qu'on entend crier le plus fort, sans honte. Une telle indifférence au drame social et humain prévisible démontre que s'il existe un déficit en Belgique, il n'est pas financier, mais humain. Un tel mépris n'est possible que si les gens ne s'aiment pas. Fortis, c'est du Brel, chantant, par exemple, "Chez ces gens là". La crise du portefeuille trouve sa source dans des coeurs tarris (5). C'est le thème du film canadien "Capitalisme sentimental".

(1) le Français est insupportablement prétentieux mais le Belge apparaît comme désespérément méprisant  (cf. le débat linguistique). La francophobie de Maître Modrikamen est significative d'une certaine conception des rapports franco belges. Bonjour l'Europe... Est-il difficle d'acquérir la nationalité luxembourgeoise ?

(2) Le Chinois n'est pas très porté à la compassion

(3) Quand Karel de Boeck, ou n'importe qui d'autre, parle de l'Etat, c'est du contribuable qu'il s'agit... Imagination un peu pauvre pour un salaire de 8000.000 euros.

(4) citation tiré du Soir : "Le libéralisme à la belge, est un courant de centre-droit, interventionniste, social-démocrate, sur le modéle scandinave." Ce libéralisme à la belge a inspiré les principes de la "bonne gouvernance" et Fortis en a montré les limites par l'incapacité de son promoteur à les respecter...

(5) Cette même arridité affective qui fait prévaloir des considérations de confort comme on en entend à propos de l'avortement, l'euthanasie,

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