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18/10/2008

La bourse du festin

Nicolas.jpgUn ami de la ponction fublique adresse régulièrement des blagues sur le petit Nicolas. Ce joyeux militant et son inspiration intarissable valent cette petite distraction. Qu'il y trouve un témoignage sincère de sympathie.


" Le mot "administration" commence comme "admirable" et finit comme "frustration " ". Georges Elgozy, Les paradoxes des technocrates.

L'ami syndicaliste a envoyé récemment cette blague :

Le petit Nicolas déménage à la campagne et achète un âne à un vieux fermier pour 100 Euros.

Le fermier doit livrer l'âne le lendemain,mais justement le lendemain :
- Désolé fiston, mais j'ai une mauvaise nouvelle : L âne est mort.
- Bien alors, rendez-moi mon argent.
- Je ne peux pas faire ça. Je l'ai déjà tout dépensé...
- OK alors, vous n'avez qu'à m'apporter l'âne.
- Qu'est-ce que tu vas faire avec ?
- Je vais le faire gagner par un tirage au sort à une tombola.
- Tu ne peux pas faire tirer un âne mort comme lot !
- Certainement que je peux. Je ne dirai à personne qu'il est mort.
Dans sa situation, le fermier se dit qu'il ne peut pas vraiment refuser.
Il amène donc l'âne au petit Nicolas.
Un mois plus tard, il revient voir le petit Nicolas :
- Qu'est devenu mon âne mort ?
- Je l'ai fait tirer au sort. J'ai vendu 500 billets à 2 Euros: ça m'a fait... une recette de 1.000 euros !!  &g t;
- Et personne ne s'est plaint ?
- Seulement le gars qui a gagné. Mais je lui ai rendu ses 2 Euros et il n'a pas fait d'Histoire !
Nicolas a vieilli et est devenu chef de tribu. Et pour gagner plus, il s'est toujours entouré d'ânes...


Cette histoire appelle des commentaires :

Il reste de nombreux rôles à distribuer : le vieux fermier, l'âne, le joueur de loto, le gagnant. Les Français jouent près de 10 milliards d'euros par an (Casakoché, trukagrater, mach1atirer).

Je l'ôte haut
Tu l'ôtes haut
Il ou elle l'ôte haut
Nous...

La grammaire a donc de l'avenir. Merci qui ?

Le souci de la "société du je" à se préoccuper du développement durable est orwelienne : Plus on fume, plus on finance la recherche sur le cancer ; plus on roule plus on finance l'environnement ; plus on boit, plus on augmente les moyens de la sécurité routière ; ... (Est-ce vraiment le consommateur qu'il faut taxer plutôt que le producteur ?)

- "Garçon ! l'addiction, s'il vous plaît ?!"

Les effets d'une telle histoire :

La logique de la "société du je" rappelle une autre histoire du petit Nicolas , celle de son voyage de fin d'année intitulé :  " Immersion linguisitique en Keskisdi et approche du monde du travail ". Son établissement scolaire l'a envoyé avec sa classe au pays "Détroit de l'Home Sweet Home" (1). Ce pays se situe exactement quelque part environ entre le Pôle nord et le Pôle sud.

Le petit Nicolas se retrouve à la cafétaria du ministère des affaires courantes et de la constipation. Il vient de visiter les bureaux et a écouté sagement une conférence expliquant l'organisation administrative au "Détroit de l'Home Sweet Home", commencée dix minutes plus tôt ...

 

La bourse du festin (2)

Pièce en un acte - Scène unique

Personnages :

Jo - haut ponctionnaire
Bob - cadre technique
Stan - vyndicaliste
Fred - agent d'influence d'un parti de gouvernement
Nombreux autres hauts, moyens et bas ponctionnaires tous habillés pareils.

Décor :

Une grande pièce d'un sous sol d'immeuble administratif, murs en béton, éclairage blafard au néon jaune sauf sur le bar vertical et blanc puissant, un panneau d'affichage vyndicaliste, armoire en fer, différentes teintes de gris entre murs et mobilier, la seule touche de couleur vient des étiquettes des bouteilles d'alcool dans le bar et des étagères du bar.

La cafétaria est enfumée.
Tout le monde est à moitié endormi.
Il est 9h30, midi moins le quart, environ.
Deux hommes sont accoudés au comptoir.


"Va pensiero sull'ali dorate" de Nabbuco de Verdi accompagne le lever de rideau.

Jo :  - Kekstu fé, Bob ?
Bob (appliqué, se mordant la langue) : - Ben tu woua pas ! J'joue !
Jo (très curieux) : - A koikt'u joue ?
Bob (déconcentré, légèrement énervé) : - Un nouveau truc ! Kiviens d'sortir !
Jo (toujours plus curieux) : - Ah Woué ? et Comment s't'appelle ?

Bob (sert les poings et jette pour la trosième fois le formulaire de participation qu'il vient encore de rater) : - Le sapetoku ! V'la ! T'es content ? Hein ?

Bob reprend un nouveau bulletin de participation.

Jo sent qu'il a légèrement indisposé son vénérable collègue pour l'avoir perturbé dans son action militante et sa préoccupation à trouver une solution substantielle à la perte du pouvoir d'achat. Il se tourne vers le barman, qui n'est autre  que Stan, délégué intertranserversal & perpendiculaire des conf des rations, trésorier de l'amicale de la cafet'. Personnage influent et fort en thèmes.

Jo : - T'as vu Bob, Stan ? L'a pas peur de dépenser ses sous, Bob...
Stan : - Ben non, patate ! Pu tu joues, et pu on a des sous !
Jo (surpris et content) : - Ah bon ?
Stan (impérial) - Ben wouai, voyons ! Réfléchis un peu...

Entre Fred dans la cafétaria, le délégué adjoint de Stan. Jo va à sa rencontre.

Jo : - Mais comment t'expliques-toi qu'on s'augmente en jouant ?

Fred monte sur un chaise et arrangue la foule d'endormis.

Fred : - C'est vrai ske dit Stan ! 'A parfaitement raison. 30% de ce qui se joue sert à financer le social, donc nozigs ! Bob a raison d'jouer ! Et j'vous encourage tous à l'faire !
Toute la salle (réveillée d'un coup) : - Whouèèèèè !

Acclamation générale - brouhaha - enthousiame général- Bob qui a été surpis par le bruit a rayé son dernier bulletin. Il en a marre, il sort en pétard. Sa femme vient de l'appeler sur son GSM pour qu'il sorte à l'heure du travail.

Bob : - Putain, encore une journée de foutue.... Merd'alors !

Fred envoie un clin d'oeil à Stan au dessous de l'attroupement qui est venu se bousculer au bar pour arroser la bonne nouvelle.

Stan : - C'est vrai les gars ! Pu le fonctionnaire y joue, pu il permet de financer son augmentation !
Toute la salle(un peu plus fort) : - Whouèèèèè
Stan : - Donc pu il joue, pu il peut demander d'être augmenté !
Toute la salle (encore plus fort): - Whouèèèèè
Stan : - Je vous propose donc de revendiquer une prime de jeu citoyenne !
Toute la salle (encore plus fort) : - Whouèèèèè
Un gars : - Dis Stan, t'en as encore des Sapetoku ?
Fred : - Le jeu est l'avenir de la Ponction publique... !
Toute la salle (encore plus fort) : - Whouèèèèè
Stan (heureux- distribue des bulletins de participation) :- Je veux mon gars ! Tiens ! Autant k't'en veux !

Un groupe compact se fait au comptoir pour s'arracher les derniers Sapetoku, hésitant entre un énième café ou un apéritif anisé.

Stan : - Kek'un m'paye le kawa ? Eh... Les gars. Allez... kwa ?

En entendant la question, toute la salle devient subitement silencieuse. Les uns regardent au plafond, les autres le bout de leurs chaussures...

Stan : - Promis-juré ! La semaine prochaine, je vous explique comment s'augmenter avec le porno !
Toute la salle (Apothéose, la salle se lève en levant les bras aux ciel et crie allegro brutale molto vivace con fuoco e vino) : - WHOUEEEEEE !

L'ouverture de la Force du destin se fait entendre crescendo et accompagne la fin de la scène et le tomber de rideau.

 

Le lecteur excusera la traduction approximative des notes en Keskisdi du petit Nicolas ; dialecte obscur s'étant développé dans des caves et très peu enseigné suite à la suppression des budgets pour les langues mortes. Il serait question de faire du français - plus vraiment pratiqué, sinon par les étrangers l'apprennant dans un dictionnaire - une option  avec le dessin, la musique et la poterie inca ; dans une filière "Poésie et toutes autres petites choses inutiles à l'expression du mépris, de l'indifférence et de la brutalité " sanctionnée par le PTAPCIEMIB I ou II ou III ou... Xn+1 (selon la dominate choisie).

Goscinny a reçu récemment l'hommage posthume des universités :

"La France est un pays étrange, qui invente des notions juridiques très élaborées, dont les principes qui les régissent sont régulièrement démentis par le fonctionnement concret des institutions. (...) Le service public est une merveilleuse invention dont on peut penser qu'elle devrait être de nature à faciliter la vie des peuples. les contradictions, voire la schizophrénie, font peut-être partie de l'identité nationale française. Il arrive cependant un moment où l'écart entre les principes enseignés et la réalité vécue est tel que l'on se prend à douter de l'utilité d'enseigner des principes si peu appliqués." Jean Marie Pontier

Jean Marie Pontier pose une question essentielle. La critique doit-elle - pour subsister - devenir un privilège de professeur d'université, ou la situation est-elle devenue si dramatique que la moindre appréciation doive se réfugier dans des revues savantes, que peu de monde lit ?

Epilogue.

Quelque part entre le Pôle Nord et le Pôle Sud :

septimus.jpgFred (illustration) apparaît en commisaire en uniforme vert olive dans des bottes noires coiffé d'une casquette arborant un signe rouge : "La prise de conscience du camarade Pontier dans son autocritique est un effort méritoire ! Le commissariat politique propose qu'on réduise son temps de rééducation et qu'on libère immédiatement les vieilles femmes de sa famille."

(1) ATTENTION, ce pays n'existe pas. Tout ce qui précède n'est qu'une fiction. Toute ressemblance d'un personnage avec quelqu'un de vivant ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. Le patriarche de Rovaniemi est seul  compétent pour toute contestation.

(2) Le lecteur excusera les auteurs d'avoir odieusement pompé dans l'oeuvre d'un auteur bolcho-libéral de réputation mondiale et plus particulièrement son célèbre drame altermondialiste "Othello" dont le personnage Iago a inspiré directement celui de Fred. Merci également à Constantin Stanislavski.

18:35 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : belgique, fiction

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