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16/10/2008

Tbilissi et ailleurs

carte_europe_2000.jpgLa crise financière a atteint la suprématie des USA et révélé la puissance économique de la Russie. Entre les deux : L'Europe.  Une synergie économique peut naître d'un rapprochement avec la Russie. Elle peut-être un relais à la croissance mondiale en panne.  Elle équilibrerait éventuellement l'affirmation d'un pôle asiatique sino-indien. Cela passe cependant par la résolution préalable du conflit géorgien. Ce n'est pas impossible, si l'intelligence européenne veut bien faire un effort -pas forcément où on l'attend, mais là où cela devient essentiel.


sivanov1.jpgL'amour propre russe a été blessé dans l'effondrement de l'empire soviétique. Les républiques satellites, comme la Géorgie, appartenaient tout autant à son histoire qu'à l'histoire russe. L'occident l'a négligé et manqué de retenue dans l'euphorie du naufrage de l'économie planifiée et de la menace de l'armée rouge.

C'est sur ce malentendu que reposent les relations Russie-occident et Russie-Union européenne en particulier. En prendre conscience est nécessaire pour avancer. Il n'y a pas d'issue durable ou paisible à un dialogue, tant qu'il reposera sur l'intimidation ou le rapport de force, comme si rien n'avait changé.

Feeling_Grizzly.jpgIl ne paraît pas diffcile de comprendre le sentiment d'humilation des Russes depuis l'effondrement de l'URSS. Il naît du télescopage de considérations géo-politiques avec la sensibilité d'une population blessée.

Le sentiment slave, pan-slave même, a toujours été fort de Moscou à Skopje, quelle qu'en soit l'époque. Mais la confusion entre une sensibilité culturelle, qui  établit l'identité des peuples, et une idéologie, qui les soumet, fait la misère de l'Europe depuis deux cents ans.

paradis-soviétique.jpgL'Europe a manqué de modernité à ne  pas innover dans l'analyse géopolitique. Elle perpétue la conception historique qui ne permet pas de distinguer peuple et idéologie. L'occident débarassé de la menace soviétique n'a pas su mieux en prendre conscience depuis vingt ans. L'amalgame entre peuple et idéologie prospère d'autant plus que l'ignorance de l'opinion - son manque de curiosité - l'encourage au point d'en devenir un réflexe conditionné. Le politique n'a pas intérêt à changer les choses, puisque l'effet simplificateur des préjugés dans l'opinion lui facilite sa communication . Le fait qu'un discours centriste à l'europénne puisse passer pour communiste aux USA illustre la dérive d'une telle inertie, ou ineptie.

EricEmmanuelSchmitt001.jpgL'inertie de l'a-priori a persisté au delà des deux conflits en Europe qui n'est pas parvenue à s'en débarasser, en partie, à cause de la guerre froide, dont elle était le front et le champ de bataille désigné pendant quarante cinq ans. Les préjugés la rassuraient aussi. Ils lui permettaient de simplifier sa propre histoire, sur laquelle pèsent toujours lourdement les spectres du nazime et du communisme.

Ces fantômes idéologiques hypothèquent cependant depuis plus de soixante ans son affirmation politique. L'Europe a aussi du mal à s'émanciper du mirage de l'Etat Nation. Cet héritage l'a conduite aux massacres industriels du 20° siècle. L'escamotage intellectuel auquel aboutit généralement l'évocation de cette période est suspect ; comme s'il paraissait intellectuellement plus correct de la simplifier que d'en identifier ses racines illuministes communes. C'est le débat historique auquel l'Europe se refuse et qui la handicape.

Jean Paul II.jpgCette absence d'étude entretient les préjugés qui bloquent l'histoire européenne. Les héritiers des Lumières, qui sont aujourd'hui au pouvoir, n'acceptent pas d'en assumer la responsabilité. Par ses actes de repentance, à l'initiative de Jean-Paul II, l'Eglise a fait un examen critique et dénoncé elle-même ses erreurs pour mieux servir l'avenir. Il appartient à la société civile d'en faire autant, de regarder en face son passé et corriger ses erreurs, dont le venin se diffuse encore aujourd'hui dans l'opinion.

L'Europe restera prisonnière de ses fantômes tant que son élite s'y refusera et laissera le continent prisonnier de ses fantômes, expliquant pourquoi il y a toujours un aussi grand nombre de personnes à confondre un peuple, sa culture et l'idéologie politique qui les a soumis à un moment donné de leur histoire. Ces préjugés sont l'origine de la confusion - encore aujourd'hui - de l'Allemagne et des Allemands avec le nazisme, comme de la Russie et des Russes avec le communisme soviétique. Il ne s'agit pas de pardonner ou excuser mais de replacer l'évènement dans son époque qui n'est plus - et pas - celle de la majorité de l'opinion actuelle. Cette confusion historique obèrera l'avenir de l'Europe tant qu'elle ne parviendra pas à s'extirper de son passé. Les "années de plomb" l'ont symbolisé dramatiquement.

the_good_german.jpgCe cas de conscience et la honte qui en découle ont profité à la suprématie des USA, qui ne se sont pas privés d'en jouer, sans être plus brillants sur le fond que l'Europe ne l'a été. Le parti nazi existe toujours aux Etats-Unis, comme le Klu KLux Klan, ... Leur complexe de supériorité les a fourvoyé à penser la politique à partir d'une image arrêtée en 1945, comme s'ils étaient parvenus à immobiliser l'histoire ("le continuum espace temps").

L'histoire leur a donné raison un certain moment.

L'Europe représentait les deux tiers de l'économie avant la première guerre mondiale. Elle n'en représentait plus qu'un tiers après, remplacée par les USA. La deuxième guerre mondiale ne fera qu'accentuer le leadership américain et l'asseoir confortablement dans la durée. La première guerre mondiale a été un suicide européen dont l'histoire a peine à révéler les véritables responsabilités ; préférant encore le mythe aux raisons idéologiques ou philosophiques du début du XX° siècle.

finlande.jpgCet héritage d'illusions et leurs auteurs, qui restent à identifier, ont littéralement paralysé l'Europe. Il n'y a pas eu que la Finlande à se  "finlandiser". Ce pays balte a été un épiphénomène d'une situation génrale. La dispute soviéto-etats unienne sur la récupération des cerveaux en 1945 est exemplaire de la neutralisation du sous continent européen et du statu quo dans lequel il a vécu toute la guerre froide.

L'histoire a changé la donne depuis peu.

Soixante années ont été nécessaires à la reconstruction européenne, à l'effondrement du mythe communiste et à l'échec du modèle libéral à l'américaine. L'absence de Condoleezza Rice de la scène internationale illustre l'embarras états-unien actuel. Plus de son, plus d'image. No comment.

Chagall.jpgLa Russie s'est ressaisie dans les vingt années qui ont suivi la chute du mur de Berlin. Elle n'est pas un exemple d'équité sociale et de justice. Mais la direction qu'elle affecte d'emprunter est bonne. Il ne faut pas la dissuader de la suivre.

Cette période a suffi pour montrer l'impasse du modèle libéral d'une Amérique incapable à gérer  seule les équilibres et le bien commun de la planète, sacrifiée à la satisfaction de quelques égoïsmes. Le résultat de son économie en quenouille lui donne la gueule de bois. Il est certain qu'elle s'en remettra. Elle sanctionnera les Républicains comme responsables de cette mésaventure pour mieux redémarrer.

rj745pl4.jpgC'est une Russie en plein essor, en train de soigner ses humilations, qui, au même moment, a réagi contre une Géorgie imprudente, dont l'audace a peut-être été encouragée, pour porter un pareil estoc aussi hasardeux. La réaction de l'ours russe fut celui d'un orgueil blessé, exaspéré par l'insolence politique d'une Amérique aveuglée par ses certitudes de papier monnaie.

Le président Géorgien semble se retrouver dans la position du tsar Nicolas II en 1914, manipulé par une diplomatie étrangère, refusant d'assumer la responsabilité d'un conflit, l'ayant cependant assuré de son indéfectible soutien. Cela n'a pas marché . L'Europe a refusé de ses laisser entraîner comme cela fut le cas pour la Yougoslavie, parce les réflexes de la Belle Epoque n'ont pas fonctionné. Trop vieux, rouillés ? C'est la raison qui semble l'avoir emporté.

belle-epoque.jpg

BOJ-Arbitre.jpgL'Europe se retrouve donc dans la position d'arbitre. Une situation fragile parce que nouvelle, du fait de l'éclipse politique américaine. Mais les appels géorgiens, comme l'oreille malgré tout attentive de la Russie ,montrent qu'elle a pris de l'importance, de la consistance ; une dimension qu'elle ne doit pas, qu'elle ne peut pas ignorer.

Si la Russie est en effet en position de force pour la fourniture d'énergie à l'Europe, cette relation économique qui pourrait avoir l'apparence d'un monopole peut aussi se retourner en monopsone. Qui en effet, mise à part l'Europe, est capable de proposer un aussi grand marché, une aussi bonne solvabilité, une telle garantie de croissance à la Russie ?

L'Inde ? Possible. Mais le coût d'un oléoduc ou d'un gazoduc à travers l'Himalaya ne sera pas rentable.

panda.jpgLa RDP ? La Chine est le concurrent principal de la Russie. Les divergences existant entre la Chine et la Russie rendent l'éventualité d'un rapprochement peu crédible. Rien n'est toutefoiis impossible. Le marché russe pour la Chine comme le marché chinois pour la Russie sont cependant insuffisants pour assurer aux deux pays l'opportunité d'un développement réciproque rapide, comme peut, encore une fois, leur proposer l'Europe, prinicpal marché au monde, première puissance économique.

L'Europe est donc l'alternative de l'avenir, à commencer pour les Européens eux-mêmes.

tondue.jpgFaut-il encore que son intelligentsia veuille bien ouvrir ses placards pour en sortir les cadavres qu'elle persiste à ne pas vouloir voir. Cette abstention blesse la mémoire de toutes les victimes de la brutalité, injuriant les générations qui n'y sont pour rien, comme les "enfants de boche" (1), et qui aimeraient bâtir l'avenir avec le coeur et la générosité caractérisant la jeunesse. Il ne faut pas chercher ailleurs que dans le mensonge la cause persisitante du désespoir générationnel. Il est temps d'enlever le frein à l'avenir.

Naar voren ! Go ahead ! Davanti ! Vorwärts ! Μπροστά ! Adiante ! A continuación ! En avant ! Et hauts les coeurs.

L'initiative diplomatique et économique impulsée de manière innovante à la poltique européenne fait que l'Europe est à un tournant de son histoire. Elle a passé soixante ans à s'atermoyer sur son passé tout en refusant d'en assumer les causes véritables. Elle doit sortir de sa nuit et de son brouillard qu'il paraît difficile de vouloir circonscrire géographiquement et historiquement du seul fait de son expression la plus barbare.

Monsieur Narkostyk a placé la barre très haut. Son successeur est prévenu. Il a un défi historique à relever, par ce que son prédécesseur est, d'une certaine manière, déjà entré dans l'histoire. Il en a forcé la porte glissé son pied dans l'embrasure. A lui d'éviter qu'elle se referme (il a de bonnes semelles) jusqu'en janvier. Mais quand même la succession sera déterminante. La rater sera porter la responsabilité d'un nouvel échec européen. Ce sera impardonnable vue la dynamique donnée.

Un dernier détail.

Pourquoi préciser la présidence "française" de l'Union ? La présidence de l'Union se suffit à elle même. Il est possible de reconnaître que l'energia della determinazione francese ha fatto riapparire l'Europa. Bravo ! Si, si...

Mais l'histoire n'est jamais écrite définitivement. Elle ne connaît pas le mot fin.

(1) Témoignage de Gerlinda Swillen http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=4...

Photos :

http://reliques.online.fr/journal/2008/03/le-paradis-perdu-durss.html

http://www.vatican.va/news_services/or/photo/primi_piani_01/ppages/ppage12.html

http://www.visoterra.com/photos-voyage/saarileska---finlande---laponie.html

http://www.pencilpixels.com/matchprints/Stained-Glass/Chagall-Windows3.jpg

http://www.espace-ishtar.fr/image/dvd/-Quelle.jpg

http://www.sportvox.fr/IMG/BOJ-Arbitre.jpg

http://www.chine-informations.com/images/upload/3161150407-un-panda-pris-pour-un-male-donne-naissance-a-des.jpg

http://imagesforum.doctissimo.fr/mesimages/3510916/tondue.jpg

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