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01/09/2008

American ganster into the wild

5c23e54d3dd5847f35150437dafecd04.jpgDeux films dont la portée dépasse largement l'intrigue pour offrir aux spectateurs matière à réflexion sur des enjeux de société. Ces deux films ont la particularité d'être tirés de faits divers authentiques.
 
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348b34d17ebbdfcafa2ab8dc8815b5b9.jpgAMERICAN GANGSTER est un polar. Ce genre est souvent soutenu par des acteurs musclés et des cascades où la masse de tôle froissée vient combler le vide des dialogues. Ce n'est pas le cas ici où l'intrigue assez banale - une enquête de police sur des stupéfiants - s'efface derrière la qualité des portraits et des caractères de personnage très fouillés. Le gangster Frank Lucas, interprété par un superbe Denzel Washington tout en nuances et à la violence contenue mais implacable, comme le policier Richard Roberts, un Russel Crowe maladroit mais rigoureux tout appliqué dans son souci de persévérer dans l'honnêteté, sont atypiques pour leur milieu respectif.

24ca5192f75440a5ba4a2e6a857cb423.jpgEn effet, tant le déliquant que le représentant de l'ordre ont un comportement hors norme. Le réalisateur, Ridley Scott, propose une fresque sociologique tendant à démontrer que l'intelligence conduit à la marginalisation. Le policier comme le voyou n'épousent pas les codes comportementaux réels de leur groupe respectif. Ils sont rejetés pour s'obstiner à se tenir à leur propre projection idéale, qu'aucun autre personnage du film ne comprend, sinon la mère du voyou, à un moment, pour le dissuader du pire.

aa616ad86d3e08ee3e0cacc47727233a.jpgLe policier se fait traiter d'imbécile, il inspire l'incompréhension et l'hostilité de ses collègues après avoir préféré ramener un butin de près d'un million de dollars au service plutôt que de le garder pour lui. Le voyou provoque la jalousie du Milieu  après avoir conquis seul le marché de la drogue de New York. Ce film narre en fait l'histoire de deux intelligences dans un monde de brutes, identiques foncièrement mais conventionnellement considérées comme respectables ou non. La police est dépeinte comme un milieu de voyous où règne la corruption et la bêtise ; la pègre est décrite comme un milieu embourgeoisé succombant au bling bling, à la jalousie et au souci de préserver son pouvoir.

dee8f2a03e7082dff4cc9c3e179de139.jpgEn introduisant le film à partir de la rigueur des deux personnages principaux, leur souci de respecter des principes, que l'un applique pour faire le mal et l'autre le bien, Ridley Scott pose le point de convergence de deux caractères qui s'opposent cependant dans leurs moeurs domestiques, et de façon contradictoire. Le représentant de l'ordre mêne une vie désordonnée de patachon à la vie amoureuse dévastée quand le voyou donne, lui, l'image d'un bon père de famille aimant et discret, menant une vie bourgeoise très respectable en apparence.  Le plus attaché aux apparences bourgeoises est le voyou,. Il s'impose une discipline stricte jusque dans sa vie personnelle, condition de son succès.

1ffe7670456fbca7b0ca35c15754b4fd.jpgCes deux intelligences, l'une obstinée dans son soucis de rester honnête et l'autre rigoureuse pour réussir, s'imposent en bousculant les équilibres. Ils ont prospéré librement tant qu'ils se limitaient à un cercle restreint, mais ils se heurtent à la résistance des autres en parvenant  à un niveau où la logique du système n'aurait jamais du les admettre. Leur rigueur les rend gênant. Le début de la chute du voyou provient d'ailleurs d'une entorse. Elle ne vient pas de lui, mais de son entourrage incapable de comprendre et d'intégrer sa discipline. Le policier également se heurtera à l'incompréhesion. Il s'en faut de peu pour que sa persévérance échoue face au dogme de l'infaillibilité des apparences.

f96a2d462ffb5508936e566ee4011fb1.jpgLe policier saura vaincre in extremis les oppositions par un concours de circonstances exceptionnel sans lequel le voyou lui aurait échappé. Le succès de l'enquête aboutira à une ultime confrontation se concluant par une collaboration, aboutissement logique d'une même conformation d'esprit, rencontre sympathique dans le sens d'une communication des consciences. Cette association permettra  d'éradiquer la corruption dans la police et de faire tomber les gros bonnets de la pègre. Il en naîtra une amitié.

e05a31d48e13444a88be8865e0add364.jpgLa désillusion est un thème récurrent. La scène à l'issue de la perquisition à l'aéroport dans les avions militaires ramenant deux tonnes d'héroïne pure du Vietnam - où le policier est mis en cause pour son efficacité par un haut fonctionnaire pour porter atteinte à l'image de l'armée américaine - est forte. Celle - où le même Richard Roberts reconnaît qu'une lutte trop efficace contre la criminalité provoquerait la mise au chômage de nombreux fonctionnaires et auxiliaires de justice - l'est également. Le dialogue entre le policier et sa femme au tribunal également, quand elle lui reproche son entêtement professionnele et lui affirme préférer le conformisme à l'honnêteté.

8be2c290e13aa9062a1e96be851491c6.jpgLe policier, Richard Roberts, et le gangster, Frank Lucas, ont véritablement existé. Le film s'inspire d'une histoire authentique. Il se conclut sur le départ de la police de Richard Roberts après cette enquête pour devenir avocat. L'ancien policier défend depuis et encore les voyous. Ce choix est plein de sens, venant d'un incorruptible.

b78032180d42f14580c597d3d2bee771.jpgAmerican gangster est un film plein de rythme, ne souffrant d'aucune longuer malgré sa durée. La photo est peut être trop sombre par moment,. Il peut s'agir d'une effet souhaité par le réalisateur mais qui ne s'imposait pas. Ce film rappelle par certains moment un autre film policier de référence : LA confidential. Russel Crowe y jouait également un policier, mais plus brutal et sans la détermination du personnage qu'il incarne dans American ganster, se terminant toutefois par une sorte de révélation en contribuant in extremis à la justice.

ef61437798a6b6f5c41fc43c23db0ec2.jpgUne telle fresque psychologique - sans être ennuyeuse - est rare au cinéma. "La vie des autres" (*), dépeignait avec le même talent la prise de conscience du bien et la superficialité du mal par un agent de la Stasi.  Imperceptiblement, la tension dramatique naissant de la confrontation des héros avec leur milieu tendant à les faire capituler par l'inertie et la fatalité de la médiocrité  - dans American Gangster - rappelle la lente conversion au bien de l'officier de la Stasi, que la fréquentation indiscrète du milieu artistique finit par éveiller au bien , au point de le convaincre d'entraver l'action de l'appareil d'Etat dont il était, jusqu'alors, le serviteur zélé. Une sorte de chemin de Damas d'un policier. C'est l'année saint Paul.

95e2c0ea4c215432d2f5bc9fc1144eb8.jpgEnfin, si la bêtise humaine ou policère sont très régulièrement abordées, il existe deux petits chefs d'oeuvre du cinéma français demeurés injustement méconnus  et qui en traitent avec une accuité exceptionnelle. Ils sont d'une grande qualité narrative. Ils traitent d'une manière trsè différente et des moyens plus mesurés l'absurdité des apparences et la marginalisation des intelligences qui ne veulent pas ou ne cherchent pas à s'y soumettre.

02d9e3b9cf5e756941085da7dd243af4.jpgLe premier, "Grégoire Moulin contre l'humanité" prend le parti d'en rire. C'est un film plein d'inventivité, de rythme et d'émotions dont certains passages sont des clins d'oeil à Chaplin (le petit pas de deux et la danse de petits pains de la Ruée vers l'or) , à Buster Keaton (l'impassibilité du héros) et de nombreux autres. Tout le film est travaillé dans le détail jusqu'au générique de fin à signaler.  Ne partez pas trop vite.

854609f9d9cf3af7087de1d1f3df39f6.jpgLe second film prend le parti inverse.  "Très bien merci" décrit le parcours implacable d'une personne confrontée à l'inertie administrative avec une telle force que le film réussit à en être pénible par moment. Cette fresque de l'absurde est digne du génie de Kafka ou de Camus. Elle fait également penser aux nouvelles de Friedrich Durrenmatt : La panne, le juge et le bourreau.

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287817b28008d22cfa7f9558100809cc.jpgINTO THE WILD est à la fois une ballade dans les grandes étendues américaines, une aventure, un drame familiale, et un huis clos. Un huis clos entre le personnage central et lui-même. Une sorte de quête de la quiétude intérieure. C'est cet aspect du film, au-delà d'une photographie très belle, qui mérite d'être commentée.

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d62c19c0151103b2db8da73af651f0c4.jpgCe film commence par la chronique d'une famille en décomposition. Il la montre dans toute la splendeur des apparences, de la réussite sociale. Un père impérial, une mère rayonnante, un fils brillant. Seule la soeur bénéficie d'un lien privilégié dominant l'image convenue de la famille. C'est sur elle que repose le lien narratif, intime, de la quête du héros. Elle est scomme une balise. Leur proximité lui permet d'imaginer intuitivement les réflexions du frère, parti sans laisser d'adresse, du jour au lendemain, après avoir fait don aux pauvres du reste de sa bourse qui devait lui financer la poursuite de ses études à Harvard.

294499081ea4df9f5a02114f2ceecf11.jpgInto the Wild raconte la fuite d'un personnage anticonformiste, décalé, naufragé du mode de vie américain, et pas de ses apparence seulement. La fêlure est plus profonde. Comme à l'image d'Américan Beauty, elle nait de la contradiction fondamentale du mode de vie américain entre l'obligation de réussite et la violation des principes d'une société, affectant d'afficher une une sainte horreur du mensonge tout en le pratiquant. L'opposition dévastatrice du réel et de l'idéal est le dilemne. La confrontation perdante des principes à une culture de résultat, d'efficacité. Là encore, l'intelligence est semble être la cause de la marginalité. Le héros n'est pas inadapté. C'est lui qui rejette un mode de société pas conforme à son goût.

e2c292fb2e97a14fc930ff6020446436.jpgLe personnage principal est intéressant pour sa faculté d'écoute des autres et son incapacité paradoxale à leur exposer ou communiquer de ses problèmes. C'est ainsi que le film nous montre un héros en plein exil intérieur mais ouvert aux autres, leur permettant même de vaincre leurs fractures.

f33fa3b75bdc95f4851e28d8958a30f6.jpgL'essentiel de l'intrigue n'est pas dans les étapes successives mais la progression du débat que le jeune homme mène en son for intérieur. Ses différentes rencontres ne l'aident pas vraiment à progresser dans  sa quête affective, sauf peut-être la dernière avec le vieil homme. De manière générale les gens lui sont tous débitteur d'amour alors que lui même s'interroge et doute.

384ee4415cc45c9bfc6f7031e8d1a68d.jpgInto the wild est l'histoire d'une déchirure d'enfant, celle d'un fils confronté à la découverte d'une vérité - il n'interrogera jamais son père - l'image d'un père "brillant" se briser par la révélation d'un passé qui ne l'est pas, ou tout au moins bien éloigné de celle qu'a pu se construire le fils. Cette déchirure va murir et travailler le garçon jusqu'à la fin de ses études brillantes et il espèrera s'évader de sa névrose dans en se lançant dans un vagabondage qui l'amènera à se perdre au milieu de la nature, nulle part et ailleurs mais loin de chez lui.

928cac8455ffe6c943cd150b9b1ac4e9.jpgCe héros n'est pas un adulescent, mais un Robinson Crusoé volontaire de l'affectif. Il déserte sa famille sans crier gare ni laisser paraître un instant ce qu'il porjette. Un détail intrigue sa mère lors de la remise des diplômes, mais elle est incapable d'en apprécier la gravité.

97e53ad7abb3f24641831786145a5ad8.jpgCette histoire est une dissertation sur l'ambivalence de l'amour, l'amour des enfatns pour leurs parents, la fracture du mensonge, lae traumatisme collatérral - comme diraient aujourd'hui les experts militaires  - de l'adultère et du divorce. Paraphrasant Gide, le héros pourrait conclure sa quête dans un dernier râle : Famille je vous hais-me. Mais il ne le fait pas.

06edec85dabecd39af3a0956fd68b1bc.jpgNon, et c'est là l'ambigüité de l'opus de Sean Penn à finir sur une agonie onirique. Cette ouverture sur le ciel peut être interprété comme une lueur d'espérance, utlime et tardive, mais réelle et sincère. Les derniers instants du film montrent en effet une réconciliation rêvée, probable ou possible d'un fils avec ses parents ; à cause et pour lesquels il est allé se perdre, pour en éprouver cruellement l'amour, pour l'apprécier aussi et le ressentir dans la lumière du Soleil, intermédiaire astral baignant également de ses rayons les êtres aimés mais douloureusement absents.

6785230e47a2667e4be92c804ee174bf.jpgCe film rappelle "Un histoire vraie" de David Lynch. Il en rappelle de nombreux autres dont le thèsme est un voyage intérieur que les paysages viennent seulement illustrer. Un road movie dont le prétexte est un cheminement intérieur avant tout. C'est celui-ci qui forme la trame du film. Chaque rencontre lui permet de progresser vers le but ultime, qui est la réconciliation, avec soi même mais aussi avec ceux qu'il aime, sans jamais avoir osé le reconnaître et qu'il a fallus mettre à l'épreuve pour s'en convaincre.

b2ef081b6bafd65adf016b245abdfce8.jpgInto the wild aborde la question des enfants fugueur. il y là matière à y réfléchir même si ce n'est le but d'une oeuvre cinématographique. Les enfants ne fuient pas forcément leurs parents, ni eux-mêmes, mais peut-être une ambiance, un malaise. C'est un message possible qu'aurait pu laisser Christopher Johnson McCandless, dont le film retrace l'histoire véritable.

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a0c831ee7a3d410baa062a99d41c6324.jpgLe film souffre par moment de longueurs, mais c'est un excellent film et il confirme le talent de cinéaste de Sea Penn. The Pledge était un chef d'oeuvre. Into the Wild démontre que le cinéma américain peut aussi produire des oeuvres d'une tension dramatique exceptionnelle sans abuser des effets spéciaux, de la violence ou du sexe.

 

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