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07/07/2008

Trou d'air en plein Ciel - la dépression est-elle la maladie de la laïcité ?

a6df3b894769d9832c187f4f9dcd44a8.jpgElle frappe une part variable de la population selon les pays. Par l'atteinte spirituelle qu'elle constitue, la dépression a une dimension particulières pour le croyant. Elle est une affection de l'âme qui s'ajoute aux difficultés à en guérir.

L'Eglise est assez silencieuse pour l'instant. La dépression du croyant est d'autant plus dramatiquement révélatrice de la déréliction sociale que la maladie atteint là des populations dont il est prouvé scientifiquement qu'elles devraient y échapper par leur pratique religieuse.

Tour d'horizon.


9c1ab17907a094dc4fe3ec80563d831c.jpg Si la religion est un puissant pilier pour supporter les épreuves, la dépression prend une forme particulière chez le croyant.

Le chrétien, et de façon plus générale tout croyant, confronté à une dépression souffre d'un isolement supplémentaire, de la rupture ou de la difficulté à maintenir sa relation divine. Le croyant, en perdant la capcité à entretenir la relation qu'il avait tissé par la prière et la méditation (on parle aussi d'oraison), subit un enfermement intérieur, résonnant d'un vide terrible. La dépression, en atteignant les facultés intellectuelles de la personne, prive le croyant de sa force spirituelle qui lui permettait de surmonter les épreuves.

2fb928648010fd46eb971f444ee3bc3a.jpgLe lecteur non croyant doit considérer la "relation mystique" du croyant comme un lien formidable, une relation d'une intimité prodigieuse, pour le catholique tout du moins. C'est un postulat, un axiome. Il est indémontrable. C'est d'autant plus difficile dans un monde qui refuse, ignore ou n'est pas touché par la Grâce. Les conversions témoignent cependant que cette relation peut s'établir à n'importe quel moment de l'existence ; à un moment où l'attention est plus marquée pour être réceptif à un signe, à une manifestation, conduisant à entrer dans une chapelle, un concours de circonstances faisant s'adresser à un prêtre ou une soeur... La précipitation du monde contemporain dissipe l'attention nécessaire pour percevoir ces signes, que certains assimilent à des petits miracles, à la manifestation du divin. L'existence des "petits miracles quotidiens" sont étonnament une évidence rémunératrice quand elle s'exprime à l'extérieur de l'Eglise.

566795fe24869480bcf15fc8495170c0.jpgSi la foi est un facteur de résistance et qu'elle participe au phénomène de résilience, elle est un ressort qui se nourrit d'une relation mystique que la dépression interrompt ou perturbe profondément. Le croyant se retrouve alors privé d'une relation privilégiée qui le nourrissait, le revigorait. Cet isolement, ce sentiment d'abandon peut être vécu très difficilement, plus difficilement qu'une souffrance physique ou affective. C'est un vide oppressant.

c2d7efaeae34dd614fca54cba1bb72d4.jpgLa lecture de la vie des saints est une voie pour retrouver la foi face aux épreuves. L'étude du martyrologe peut aider la personne dépressive à remonter vers la surface, l'air respirable. Il faut toutefois veiller à choisir la vie des saints avec discernement. Certains exemples trop tragiques, exposant le lecteur à l'expression de la méchanceté la plus brutale, ne sont peut-être pas appropriés pour favoriser le raffermissement spirituel attendu. Il est alors très important de pouvoir compter sur un directeur de conscience sensibilisé à cela et qui saura conseiller les lectures les plus appropriées.

931a1caeabe44771c13335ce36448c25.jpgIl peut s'agir de lectures profanes. "Frère François" de Julien Green est considéré comme une des plus belles biographies de saint François d'Assise, fondateur de l'ordre franciscain.

71fb8e8630e5fe7b21975bffbe334091.jpgL'Eglise traite peu de cette dimension de la dépression. Un article aborde de façon périphérique la dépression en traitant de l'acédie. L'article ne répond pas véritablement au sujet pour ne traiter que l'hypothèse de l'acédie résultant d'un comportement plus que d'une affection, se résumant en une sorte de nonchalence ou de paresse. Même si certains de ses conseils sont pertinents, l'esprit directif de la note peut apparaître culpabilisant et ne semble pas toujours très approprié pour traiter d'une maladie qui dépasse le seul ennui, ou la paresse spirituelle.

ab80a2e3c13ae1e71bdc1df90725c1eb.jpgL'entretien accordé à l'agence Zénit par Jean Vanier semble plus intéressant à la réflexion, tant pour les thérapeutes que pour les prêtres. Il donnera possiblement une lumière d'espérance à tous ceux qui souffrent de la dépression et ont le sentiment d'avoir perdu ce souffle divin, aimerait le retrouver ou simplement le découvrir.

La question du croyant confronté à la dépression peut paraître incohérente quand la religion est identifiée comme un facteur préventif de la dépression : " Parmi les facteurs de protection, on peut mentionner l’estime de soi et les liens sociaux, surtout avec la famille et les amis, l’existence d’un appui social, une relation stable et un engagement religieux ou spirituel. " Des études ont également révélé que la pratique religieuse favorise la longévité (*).

Le fait que l'Eglise soit amenée à se préoccuper de ce sujet témoigne de l'importance et de l'intensité d'un phénomène parce qu'il touche des personnes qui devraient donc normalement y échapper.

d3d5dface952edf20654e01df688eed8.jpgUne étude comparative du nombre des cas de dépression par pays permettrait de déterminer l'importance des conditions matérielles d'une part et l'influence de la religion - ou son absence - d'autre part dans les facteurs déclenchant de la maladie. Un rapport de l'OMS témoigne d'une situation très préoccupante en Europe.

"Les troubles mentaux comptent parmi les prinicpales causes de morbidité et d'incapacité en Europe et ailleurs. On estime ainis à 33,4 millions par an (soit 58 adultes sur 1000) le nombre de personnes souffrant de dépression grave dans la région européenne de l'OMS. Les troubles dépressifs sont la quatrième cause de morbidité et d'incapcité dans le monde. On s'ttend à ce qu'ils deviennet la deuxième cause d'ici 2020.

708ce41db65e4aa20f79045f15e6ce74.jpgEn Europe, les taux de suicide se situent dans une fourchette allant de 11 à 36 pour 100 000 habitants ; les taux les plus forts enregistrés dans la région européenne sont également les taux les plus élevés du monde."

L'Europe est également la région du Monde où la pratique religieuse a le plus régressé. C'est aussi dans cette zone que sont relevées des méthodes de management fondées sur le mépris de la personne humaine favorisant l'augmentation des dépressions. Elles pose nt la responsabilité de ceux qui les emploient comme des Etats qui les laissent prospérer et entrent dans le champ des études universitaires (Testez votre risque de Burn out).

08be1e6052b46b7aee8c6ef73cbf2220.jpgCette actualité témoigne en creux, par défaut, de l'importance du fait religieux dans la société et des conséquences de sa disparition. Elle atteste aussi de la pertinence des alarmes lancées régulièrement par le Vatican contre la dérive d'une société où le mépris de la personne est devenu une méthode de gestion des effectifs (le mobbing), à commencer dans la fonction publique où elle est jusqu'à fois plus courante que dans le secteur privé. Le silence des autorités politiques est inacceptable au regard d'une tendance à se servir de la dépression ou du suicide comme une forme de turnover.

Le cynisme s'exprime depuis des années. La prévention des accidents du travail, des accidents domestiques et des suicides n'ont pas droit à la même attention que les accidents de la route. Les premiers sont mutualisés par des contrats d'assurance privés alors que les derniers engagent des interventions coûteuses supportées par la collectivité. Si tel n'était pas le cas, la prévention routière serait traitée comme le reste.

Nb : un article publié sur ce sujet http://www.lalibre.be/index.php?view=article&art_id=4...

 

 

Commentaires

Par rapport à la dépression, il me semble qu'il ne suffit pas d'être 'croyant', il faut aussi être 'confiant' ou 'espérant'. Ou plutôt, être 'croyant' devrait inclure la confiance et l'espérance. Peut-on parler de foi sans confiance et espérance ? Si la dépression est l'impression d'avoir perdu tout repère et tout sens dans sa vie, un croyant devrait pouvoir, comme Job sur son fumier, ne pas perdre en confiance en Dieu, ne pas désespérer. On peut TOUT perdre, on ne peut perdre l'amour de Dieu.

Réponse au commentaire :

Merci pour votre attention.
Votre affirmation sur l'espérance est belle mais elle contredite par l'entretien de Jean Vanier cité dans la note.

Écrit par : Job | 07/07/2008

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