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23/06/2008

Chercher à comprendre l'incohérence politique européenne.

ea35e62655e37fc26ad17ab0bf451e0a.jpgLa Libre Belgique du 17 juin cite Vaclav Klaus page 17 :

"Laissons les gens (...) être Tchèques, Polonais, Italiens, Danois... et ne faisons pas d'eux des Européens.

 C'est un projet erroné.

La citation est révélatrice de l'incohérence politique qui règne en Europe.

L'actualité du Conseil européen à Bruxelles conduit tout Européen à s'interroger sur les causes d'une telle impasse. Certaines sont flagrantes, mais d'autres sont plus profondes et diffusent lentement mais surement les causes de la déception européenne . 

Deux articles parus dans la Libre Belgique du 23 juin sous la plume de Jean-Claude Paye et de Paul N. Goldschmidt sont un appel supplémentaire à une réflexion de fond.

Ce n'est pas l'Europe qui est en panne, mais peut-être - ou plutôt - le modèle de pensée qui gouverne le monde occidental depuis plus de deux cents ans.

Invitation à un tour d'horizon et au débat... 



3ba6108218b2dd1d3f14f787739ed87c.jpgUne évidence est de rappeler que chaque membre de l'Union, historiquement et géographiquement, est Européen. La citoyenneté européenne existe depuis 1992. C'est insuffisant par ce que la nationalité n'est pas  synonyme de citoyenneté.

La première, mise à part une démarche volontaire pour solliciter une naturalisation, est le fruit du hasard. Personne ne choisit la date ni le lieu de naissance. La seconde peut traduire un lien obligataire entre l'individu et la collectivité, comme le révèle la subtilité de la précision dans l'intitulé de la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789.

Cette subtilité révèle une des causes de l'opposition entre proeuropéens et eurosceptiques. 

Robespierre, avocat, a exigé l'ajout du mot citoyen dans l'intituleé de la déclaration. Cette demande de précision témoigne de sa conception "contractualiste" des droits de l'homme, dont la garantie n'est assurée qu'aux citoyens. Une grande incertitude réside dans l'appréciation de la "bonne citoyenneté", et du rique d'arbitraire auquel elle peut aboutir, comme La Terreur l'attestera.

L'interprétation contractuelle des droits de l'homme s'inscrivant dans un rapport d'obligation s'oppose à celle du droit naturel. Cette seconde interprétation reconnaît la protection des droits de l'homme du seul fait de l'existence - parce que l'homme est - comme Jean Jacques Rousseau l'expose - entre autres - sous le titre contradictoire "Du contrat social". L'Eglise fait référence, quant à elle, à la loi naturelle.

Ces deux théories des droits de l'homme s'affrontent, sont en compétition. La conception robespierriste des droits de l'homme a l'inconvénient de légitimer la violence d'Etat contre laquelle s'oppose l'interprétation naturaliste. 

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71425c271ba46c9b2f5e3c756ebfd9e4.jpgL'Urss opposait cette interprétation aux critiques occidentales à propos du Goulag ; expliquant qu'il n'y avait pas de violation des droits de l'homme, puisque les internés étaient déchus préalablement de leur citoyenneté et ne pouvaient donc plus se prévaloir de la protection des droits de l'homme qui y était attachée.

La déclaration des droits de l'homme de 1789 est d'autant plus une déclaration de principe qu'elle permet des limtes arbitraires aux prinicpes qu'elle énonce dès son article premier qui proclame l'égalité et la légitimité d'une discrimination ("distinction") sociale. 

Cette divergence d'interprétation - contractualiste ou naturaliste - permet de distinguer une théorie objective d'une théorie subjective des droits de l'homme. La première est une interprétation étroite, restrictive et contraignante conforme à l'idée de Robespierre, quand l'autre, offre la protection des droits de l'homme à tous et de façon permanente, sans condition ni restriction. 

Cette divergence des droits de l'homme permet une interprétation discriminatoire. Le ministère de l'immigration, de l'intégration et de l'identité nationale du pays des droits de l'homme en est une illustration. Cette interprétation bénéficie d'une audience grandissante dans l'Union comme en témoigne la discussion de la directive "Retour" établissant des normes et des procédures de ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier (Lire l'édito de Sabine Verhest dans la Libre du 21 juin).

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Cette summa divisio des droits de l'homme explique les divergences existant sur la place de l'Etat, la valeur de la Nation entre les membres de l'Union.

Seule un nationalité europénne aurait affirmé une l'existence d'un lien identitaire commun. Elle n'existe pas. L'Europe politique n'est pas allée au bout de sa logique.

Les opposants à l'instauration d'une nationalité européenne objecteront qu'elle se heurte techniquement à une différence de dévolution de la nationalité en Europe entre pays l'accordant par référence au droit du sol (lieu de naissance) et ceux par application du droit du sang (filiation). Ce n'est pas insurmontable.

La difficulté est de surmonter le manque d'ambition des politiques européens et leur réticence à impliquer les Européens. Cette mise à l'écart de l'opinion permet au discours nationaliste de prospérer malgré l'évidence, comme en témoigne Monsieur Klaus ; l'identité nationale s'inscrivant en toute logique dans une perspective historique et s'affirmant par la durée. 

9b44d5dbef9ea1b039a8c5063e3596a9.jpgLa République tchèque existe cependant depuis 1993 seulement. Elle est née de la scission de la Tchécoslovaquie qui date de 1919 ; l'éclatement de l'empire austro-hongrois étant la conséquence de la volonté des alliés à voir disparaître la puisssance des empires centraux. L'Europe s'inscrit donc dans l'histoire depuis bien plus longtemps que la République tchèque.

La biographie du premier président de la république tchécoslovaque, Thomas Mazaryk, et celle de Kafka, auteur tchèque de langue allemande, témoignent de la complexité identitaire tchèque. Monsieur Klaus tient donc un discours assez paradoxal, celui d'un vieux nationaliste dans un pays qui n'a pas vingt ans.

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L'instauration d'une nationalité européenne tarirait paradoxalement l'argumentaire nationaliste. La première est un gage de paix et la seconde une cause de division.

Des Etats membres de l'Union sont peut-être réticents à voir une proportion importante de leur population opter pour la nationalité européenne et leurs dirigeants n'ont pas voulu prendre le risque d'un pareil affront. Cette éventualité porterait un démenti sévère à Monsieur Klaus ; d'autant plus que le débat nationaliste est périphérique.

Le nationalisme * ne fédère ou n'intéresse qu'une marge de l'électorat. Son auditoire est faible. Le vote extrémiste - de gauche comme de droite - est un vote sanction, un vote spéculatif ne prospèrant qu'en temps de crise. Son succès est l'expression de la déception de l'électorat vis-à-vis des partis de gouvernement. Les programme extrémistes sont purement formels et la classe politique ne s'attache pas à en démontrer le caractère irréaliste, participant ainsi à leur succès.

2b87fad2cd1902c1b6b0b60c43810709.jpgLe vote extrémiste aux élections européennes est une conséquence du désintérêt des partis de gouvernement au projet européen. Ils payent cher cette négligence parce L'Europe est un amplificateur aux thèses révolutionnaires leur permettant de s'imposer ensuite dans le débat national et bouleverser les équilibres traditionnels. L'échec du candidat socialiste aux élections présidentielles françaises illustre une telle hypothèse.

Le nationalisme est grégarigène. L'instrumentalisation des atavismes aggrave le retard de l'Europe dont le projet est en panne depuis bien plus longtemps que 2005. L'absence de progrès substantiel depuis le traité de Maastricht (1992) et le semi-échec du traité de Nice (2001) sont la conséquence d'une frilosité, d'une réticence politique dont la Nation n'est qu'un prétexte, utilisé indistinctement.

La nation est une notion de gauche. L'histoire du parti nazi témoigne d'influences d'origines très diverses. La porosité idéologique de cette notion la rend très mouvante, couvrant des réalités différentes selon les pays et les époques, se prétant à des interprétations divergentes au sein même de chaque pays.

f097487f5ba029a54a552fbdf2fdd92d.jpgLa traduction la plus tangible du prinicpe national se trouve malheuruesement dans sa causalité des guerres européennes des 19° et 20° siècles. Celle de l'ex-Yougoslavie prouve la pérennité de sa nocuité.

La crise de l'identité nationale apparaît de plus en plus comme le résultat d'une conception passéiste, du refus de l'inscrire dans une vision d'avenir, de la faire évoluer. L'Europe propose une alternative.

Un débat constructif existe depuis de nombreuses années. La pensée politique n'est pas ankylosée comme l'action politique. La conception obsolète de la Nation est d'autant plus une fausse excuse qu'il existe une proposition permettant de la faire progresser, l'adapter aux enjeux modernes tout en modérant sa dimension conflictuelle. 

96956bbf961ca76813a008a7b99ca715.jpgLa théorie du  "patriotisme constitutionnel" (Dolf Sternberger * ** ***) permet d'envisager l'émergence d'une identité européenne se réfèrant au commun ontologique des Etats composant l'Union, et non en considération de ce qui divise. "Le patriotisme, c'est l'amour des siens. Le nationalisme, c'est la haine des autres" Romain Gary, Education européenne 1945.

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Le caractère dramatique du discours national est de s'alimenter lui-même au préjudice des peuples. Ils en ont l'intuition, la "sagesse populaire". L'identité nationale n'est pas la préoccupation majeure de l'opinion dont le souci est plus sûrement de mener une vie sereine, ce qui explique les flux migratoires.

c4d88965e49dd5c112a54343014427d2.jpgL'évocation d'un héritage national pour refuser toute intégration européenne résiste difficilement à l'analyse.

D'une part, tous les ressortissants des pays de l'Union ont un héritage commun. La nationalité n'a plus de dimension affective. L'exemple récent d'Alain Ducasse en témoigne. 

D'autre part, il y a une contradiction à se servir des victimes des conflits comme prétexte au refus de l'abandon de certaines prérogatives, ce refus se faisant au nomdu prinicpe national à l'origine des guerres.

b17ade996ee125f53c78b83c741d2e78.jpgUn monument aux morts * signale l'impéritie de l'Etat à assurer la sécurité des ctioyens. La correspondace des combattants témoigne plus d'un sacrifice subi que consenti. Le soldat ne meurt pas plus pour son pays qu'à cause de ce pays. Evoquer la souffrance d'anonymes au nom d'un principe à l'origine de leur disparition violente manque de tact.

La montée des totalitarismes européens s'est faite avec la caution des démocraties. Churchill stigmatisera cette démission des démocraties après l'accord de Munich : "England has been offered a choice between war and shame. She has chosen shame and will get war". Daladier sera sévère avec la foule parisenne à son retour au Bourget.

3d3eb35baa536d5682884df0e6be6096.jpegCette même démission a permis la guerre en Irak. La mystification de l'opinion, qu'entretient le marketing politique, prospère sur l'ignorance et la perte du sens critique, plus consentis que subis.

Le commun ontologique de l'Europe s'exprime dans les critères qu'impose l'Union européenne aux candidats à l'intégration. Il s'agit d'un point important de résistance à l'inertie des considérations du marché. 

Les Lumières, à l'origine de la consécration moderne du principe national, ont permis l'affirmation de droits, mais elles échappent jusqu'à présent à une analyse critique ; constituant d'une certaine manière le "Totem et tabou" de la pensée politique, le socle du "politiquement correct".

Ce totem est d'autant plus tabou qu'il a pour ambition de se substituer à la religion et s'imposer comme telle (ex. : culte de l'etre suprême *), même si la Nation est aujourd'hui sévèrement dévaluée, éclipsée par la logique des marchés.

Claude Tresmontant donne une explication de l'opposition des Lumières à la religion  : "Un chrétien qui voudait adopter pleinement l'enseignement (du Christ) ne peut pas être intégré dans un mouvement nationaliste, pour lequel la valeur absolue c'est la nation. Le chrétien sera toujours suspect, à un moment ou un autre, de mettre en avant l'objection de conscience." (L'enseignement de Ieschoua de Nazareth - Chap VII La paix / voir aussi Chap. XI l'Etat).

b71239cfb581e3946410fb7e97bc0ff4.jpgLes Lumières sont l'idéologie de la logique commerciale. Le point central de leur inspiration est l'affirmation non pas de l'individu mais du patrimoine. Elles ne s'opposent pas aux abus ni à la spéculation. Des encyclopédistes et des philossphes ont fait fortune dans la traire négrière (Jean Sévillia "Historiquement correct"). Les débats sur les OGM, l''expérimentation sur les embryons, le trafic des organes témoignet tous d'une même tendance où l'intérêt fait taire l'esprit critique.

La chute du bloc communiste a laissé le champ libre au modèle marchand dont les excès peuvent être considérés à l'origine de l'affirmation d'une résitance spiritualiste. Le terrorisme intégriste n'est que l'expression paroxystique et non représentative d'une tendance lourde s'affirmant par le regain de la religion. Le monde se partagerait aujourd'hui entre croyants et non-croyants.

fe0cc7fece0f4b31734f57fad8f4c426.jpgLe communisme est l'expression d'un matérialisme, le libéralisme également  La décollage économique de la Chine communiste illustre cette convergence qui, accumulant les inconvénients des deux systèmes (totalitarisme, exploitation de la main d'oeuvre), bénéficie d'une mansuétude générale, y compris celle de l'Europe.

L'Europe des marchands, des délocalisations, des financiers se recrute dans la pensée matérialiste et participe contribue au désenchantement de la pensée illuministe, qui, revendiquée par la classe politique conduisant aux destinées de l'Europe, la rend encore plus suspecte et finit d'épuiser son attractivité.

9eed73286e3a1febd8f8f658209ecf60.jpgLa responsabilité de la pensée illuministe dans l'avènement des totalitarismes du XX° siècle est peu abordée. Des auteurs en traitent indirectement (Histoire de la pensée politique).

Les travaux d'Ernst Nolte, notamment "La guerre civile européenne (1917-1945)", peuvent apparaître comme les prémices d'un courant critique, lui même très critiqué (comme Krachvenko le fut pour dénoncer trop tôt le régime stalinien - Lire "Le roman vrai de la III° et de la IV° république" coll. Bouquins ). Les travaux de François Furet et de Jacques Ellul (Histoire des Institutions - Tome 5 PUF) témoignent d'une même tendance, plus appliquée à l'historiographie française. L'opposition entre Ernst Nolte et Jürgen Habermas n'est pas insurmontable.

Une étude critique des Lumières paraît s'imposer pour relancer sur des bases saines la construction européenne paralysée par l'opposition démocrates chrétien d'une part et les héritiers du jacobinisme d'autres parts, parce qu'ils sont très divers comme en témoigne la dispute sur l'héritage chrétien de l'Europe. Ce téléscopages de la pensée chrétienne à la légende républicaine française souligne l'ironie de l'Histoire. Le drapeau européen a été inspiré à un Français par les douze étoiles de la couronne de la Vierge

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b403a93a3ea8535262a2fbf27f4bef55.jpgLe mythe national n'est pas un obstacle. La question n'est pas de le nier mais de le sublimer, parce que la réticence nationale n'est pas incompatible avec l'affirmation d'une identité européenne, d'une nationalité européenne (cf. Romain Gary précité).

L'absence d'enthousiasme européen provient de l'indisposition de gouvernements nationaux à l'émergence d'une identité européenne pouvant menacer leur pré carré.

Il serait intéressant d'étudier l'importance du réflexe corporatiste de la réprésentation politique dans la difficulté  d'établir une autorité supranationale, une légitimité supérieure (pyramide des normes de Kelsen). C'est un paradoxe politique de l'Europe.

La classe politique européenne est confrontée à la conduite du changement. Celui-ci la concerne directement et par ricochet l'Europe. Les personnes devant réformer les institutions sont les moins intéressées à le faire. L'électorat ne peut donc pas être la cause du retard du processus quand ses représentants ne font aucun effort pour le rendre compréhensible.

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L'Europe n'est donc pas en cause, ni les électeurs.

0e0d07b6dabf733502f4d413fb7cc16c.jpgDes auteurs déplorent le phénomène d'appauvrissement démocratique que des auteurs déplorent. La "démocratie confisquée" (Pierre Héritier) provient de l'absence réelle de choix auquel est confronté de plus en plus souvent l'électeur, limité à voter pour des candidats imposés et choisis en amont par des organisations politiques. La légitimité de celles-ci s'effrite avec le temps par l'effet cumulatif de différents facteurs (opacité, scandale, affairisme, ...). Ce débat est celui la "démocratie participative".

L'inadaptation de la mentalités de la classe politique au progrès que constitue l'Europe peut avoir différentes causes.

L'inadaptation peut découler de l'obsolescence des références, de la lourdeur des organisations et de leur fonctionnement, du débordement de l'action administrative sur l'action politique. Monsieur Klaus donne une illustration de cette inadaptation quasiment structurelle. Voter pour l'Europe finit dans ces conditions à s'apparenter au mythe de Sisyphe.

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Le comportement politique induit celui de l'opinion, reproduisant la même incohérence.

L'alternance politique fait que les anti européens en deviennent de fervents défenseurs et inversement. L'incohérence s'exprimer sans choquer. Des mouvements d'opinion expriment une méfiance à l'égard de l'Europe tout en l'appelant à la rescousse, comme récemment, face à la hausse des produits alimentaires, la compétition économique, la flambée des cours du pétrole. Cette frivolité décrédibilise moins l'Europe que l'action politique.

La confusion de l'opinion est entretenue par la presse elle-même qui prète aux institutions des pouvoirs qu'elles n'ont pas ou laisse dire aux politiques des aberrations sans les relever. Une des erreurs la plus entretenue est de laisser croire que la commission européenne serait le pouvoir exécutif de l'Union européenne (ex. : "La Commission contre attaque" La Libre 21/6 p.11). Elle n'est qu'une institution de proposition et de contrôle au service de l'exécutif qui est le Conseil, comme celui qui vient de se tenir à Bruxelles.

Le Conseil décide des projets de directives. Il confie à la Commission la charge de faire des propositions de textes, d'y réfléchir, et les adopte ou les rejète. Il est étonnant que personne ne pense à le rappeler.

La directive Bolkenstein illustré le confort de cette confusion, entretenue dans le public, à faire peser la responsabilité sur la Commission, alors que la directive avait été acceptée à l'unanimité par tous les exécutifs de l'Union, y compris ceux qui ont fait a posteriori les critiques. Le déficit n'était pas de nature démocratique mais une question de courage politique.

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La commission européenne est une administration. 

L'organisation administrative - la bureaucratie - est un enfant des Lumières. La fonction publique est la notabilité, le substitut de la noblesse, la récompense politique de la révolution - puis de l'empire - à la bourgeoisie qui les avait soutenus dans la conquête du pouvoir.

La panne européenne, et de manière plus général l'essouflement du modèle politique occidental, témoignent peut-être de l'essouflement politique des Lumières, le signe de la nécessité d'innover, de changer de modèle, d'un modèle vieux de plus deux siècles. 

Si l'Europe souffre d'un modèle de pensée fatigué, son projet est peut-être trop moderne pour certains pays.

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Les membres de l'Union ayant une forte tradition historique éprouvent du mal à s'adapter à l'altérité. La menace étrangère y est toujours présente pour entretenir l'angoisse, l'incertitude. Les jeunes pays récemment entrés dans l'Union sont finalement et peut-être les mieux adaptés à la modernité révolutionnaire du projet européen.

Un paradoxe de l'Europe se traduit par l'absence de discours et d'identitfication politiques propres : puisque ce sont les partis nationaux qui font campagne lors des élections européennes.  Un parti "régional" n'est pas le plus adapté à contribuer efficacement à l'expression d'une volonté supérieure quand son discours est avant tout communautaire, "nationaliste", réducteur.

Cette absence d'expression politique européenne propre est d'autant plus singulère que la fondation de partis politiques européens ne nécessite pas la ratification d'un traité par 27 pays de l'Union. Elle est donc bien le résultat d'une absence consensuelle de volonté à voir l'émerger.

Ce sont des élus des partis nationaux qui siègent au Parlement européen. Il se réunissent par affinités au sein de "groupes" mais c'est un abus que d'assimiler un groupe à un parti politique. Parce qu'il n'ont pas d'existence réelle. Ils n'ont pas de programme, pas de candidat, pas de visibilité. La représentation parlementaire européenne est un ectoplasme.

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682007a829103d9877584e11a919eacc.jpgUne intervention plus visible des députés européens dans la vie politique locale des pays qu'ils représentent contribuerait à rendre l'Europe plus réelle, plus proche de l'électeur. ils confèreraient ainsi à l'Europe une existence, une dimension plus propice à permettre son émancipation politique. La soumission des députés européens à des instances nationales les empêche de le faire, au risque de perdre leur investiture aux prochaines élections.

La politique européenne est vassalisée (Cf. article de Jean-Claude Paye). La cause en est cependant plus interne qu'externe.

Cette vassalité aux impératifs de politique intérieure peut être facilement atténuée. Il suffirait que les élections européennes se déroulent sous l'étiquette des partis qui siègent au Parlement. Au delà de l'émancipation des parlementaires européens, cela aurait l'avantage d'éviter que l'électeur confonde les enjeux. L'Europe ne serait plus systématiquement brouillé par des questions de politique intérieure.

Monsieur Klaus apporte le témoignage du contraire.

66e6ef71d5ad6932c5c763ef81fde52b.jpgCela n'a pas choqué grand monde malgré le temps. Les premières élections au Parlement européen remontent à 1979. Soit trente ans.

Le manque de personnalité politique n'est pas conforme à l'idéal des Pères de l'Europe qui ont aspiré à une vision supérieure à celle des pays : Alcide de Gaspéri, né Autrichien et mort Italien, Robert Schuman, né Allemand et mort Français, Konrad Adenauer, Allemand. Ces hommes étaient des démocrates chrétien. La doctrine sociale de l'Eglise les a inspirés. Cela se traduit dans les valeurs l'Union européenne, comme le principe de subsidiarité (Des interprétations sont divergentes sur le sens du prinicpe selon son entendement politique ou religieux).

Combien de députés européens se sont déjà succédés sans qu'aucun n'ait l'idée de promouvoir l'émergence de mouvements politiques  européens autonomes ? Quelle homme politique fait campagne pour un parti européens dans tous les pays d'Europe  lors des élection européennes ? Aucun. Quelle est la crédibilité d'une réprésentation politique sans parti, sans voix, et sans programme ? Et par conséquence celle des institutions qui en sont issues ?

5e44dcb1fb0649030e44c4fc01610a79.jpgL'Europe, par de nombreux aspects, incarne donc le degré zéro de l'incohérence politique. Kelvin semble pouvoir devenir une référence même en sciences sociales. La perte d'intérêt des électeurs pour le projet européen n'est que le résultat de la pantomyme politique.

La politique européenne souffre, malgré l'illusion médiatique moderne *, du syndrome décrit par Andersen dans les "Habits neufs de l'empereur". Il s'agit d'un conte pour enfants. Andersen est Danois. Il n'est peut-être pas traduit en tchèque.

Il semble même assez peu connu dans les traductions existantes.

La barrière des langues n'est pas un obstacle pour tous les sujets.

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L'Europe - et les Européens - posent un défi à l'intelligence. L'idéologie dominante flatte-t-elle assez cette vertu ? Une réponse négative invite à initier une nouvelle réflexion institutionnelle (I.N.R.I.).

 

 

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