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17/06/2008

L'Irlande aurait maltraité Lisbonne ?

4f049d3ac41d812716a8563a33a14820.jpgL'Irlande a rejeté le traité de Lisbonne (site officiel).

Il est toujours plus facile de trouver une raison de dire non que de se décider de dire oui.

Cela ne suffit pas à tout expliquer.

La cause du "non" irlandais n'est pas seulement irlandaise.


Le non est l'expression d'une exigence populaire se sentant écartée d'un projet qui la passionne. L'Europe est devenue de moins en moins populaire parce que les classes politiques mettent leur électorat dans l'ignorance de l'intégration européenne, à commencer par la France où l'Europe est toujours un défouloir à tout ce qui ne va pas chez elle.

L'adhésion populaire ne peut pas se faire sur des textes complexes. Les textes fondamentaux se doivent d'être clairs et courts. Une constitution est d'autant plus compréhensible qu'elle est lisible. L'histoire témoigne du bon sens d'un tel refus.

La constitution brejnévienne soviétique de 1977 comptait 174 articles. La constitution américaine en compte sept seulement. L'URSS s'est effondrée 12 ans après l'adoption de sa dernière constitution. La consitution américaine est en vigueur depuis 1789. La longueur d'un texte n'est donc pas un gage de démocratie ni de durabilité.

La convention européenne de sauvegarde des doits de l'homme et des libertés fondamentales paraît bien plus efficace que les textes de l'Union. Elle compte 59 articles et elle est en vigeur depuis 1950. La France n'a toujours pas ratifié tous les protocoles.

La substitution de priorité qui s'est opéré dans la construction européenne a rendu l'Europe antipathique.

L'Union s'attachait à la défense du consommateur. Elle a abandonné cette ambition au profit de la libéralisation des marchés. On est passé du droit de la consommation au libéralisme économique. C'est beaucoup moins fédérateur et populaire. L'Europe y a perdu toute visibilité, toute originalité. Elle ne se distingue en rien du phénomène de globalisation. Au contraire, elle s'y conforme ; semblant se soumettre au modèle promu par les organisations "marchandes" que sont l'OMC, le FMI, la Banque Mondiale.

L'Europe a un problème d'image. L'échec de la ratification du traité de Lisbonne est moins commenté qu'un match de la coupe d'Europe de football. L'avenir de 480 millions de personnes pèse moins lourd que celui de quelques joueurs. 

Vingt-six pays de l'Union prétendent continuer sans L'Irlande.

Il est étonnant que l'expression populaire d'un pays pèse aujourd'hui moins lourd que celle d'un autre, il y a trois ans ; lequel n'hésite pas maintenant à faire la leçon à celui qui vient de dire non. Il aurait sûrement déjà dit non en 2005 si on lui avait laissé l'occasion de s'exprimer à l'époque plutôt que de suspendre le processus de ratification. Dans le cas contraire, s'il avait dit voté oui, ce sont les pays qui ont alors dit non il y a trois ans qui portent la responsabilité de l'échec d'aujourd'hui.

En tout état de cause, il apparaît qu'il y a deux poids et deux mesures.

L'image de l'Europe dans le coeur des Européens en souffre. C'est dommage pour l'Europe. Très dommage, parce que l'impéritie des politiques lasse jusqu'aux plus fervents partisans de l'Europe. C'est aussi très dommageable pour la démocratie. Le sens civique ne peut pas se satisfaire de bricolages politiques pour ignorer une volonté populaire. Ce n'est pas digne d'une grande démocratie.

La classe politique européenne actuelle n'est peut-être pas à la hauteur du projet ambitieux que lui ont légué les générations précédentes, lesquelles avaient été confrontées à des situations autrement plus dramatiques et avaient été capables de les surmonter.

La solution passera par une mobilisation populaire européenne s'exprimant par des partis politiques européens, dont - pour l'instant  - l'existence semble se limiter aujourd'hui à une appellation. Il suffit de chercher la permanence locale d'un député ou d'un parti européens pour en mesurer le caractère purement abstrait, artificiel. Les premières élections au Parlement européen se sont déroulées en 1978.

Le projet européen redémarera quand les électeurs européens se sentiront proches de l'Europe. 

Go ahead Europe !

Commentaires

Bonjour,

Les gents qui travaillent ne veulent pas de ce libéralisme qui casse tous les acquis sociaux que nos parents et grands-parents ont eu tant de mal à construire.
Les nantis veulent tout et encore plus.
J'étais un militant pour l'Europe sociale qui allait tirer le monde vers le haut, aujourd'hui si on me demandait de voter ce serait NON,NON,NON et NON

Réponse au commentaire :

Merci pour votre attention.

Ce que vous dîtes illustre le revirement qui s'opère même chez les partisans de l'Europe.
L'effet du consumérisme fait que l'appétit des nantis n'est pas le seul à contribuer à la dérive que vous regrettez.
Le mouvement des "alterconsommateurs" témoigne de la prise de conscience de certains citoyens de leur responsabilité sociale dans leurs actes d'achats.

Écrit par : Laval | 17/06/2008

J'ai quitté la commission européenne dégouté en 2004 après la révélation de la corruption de la direction générale d'Eurostat à Luxembourg. L'orientation anti-sociale et financière de la commission a contribué à leur faire perdre le bon sens et le sens de la norme. J'ai donc eu l'occasion de suivre régulièrement la préparation du projet de Traité. Je reste particulièrement scandalisé par la faiblesse du Parlement, l'irresponsabilté politique des commissaires, l'excès de pouvoirs du Conseil de Ministres, les privilèges et l'irresponsabilité de la BCE et du système bancaire que je tiens pour responsables du chômage et de l'inflation monétaire.

Réponse au commentaire :

Merci pour votre attention et votre témoignage.

Écrit par : Michel Sautelet | 22/06/2008

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