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01/06/2008

Des gens de bonne répudiation.

3da1fc9136f7520a3cce668feb1c2d11.jpgL'histoire veut que ce soit au nom d'un peuple qu'un tribunal ait consacré la répudiation d'une femme au motif qu'elle n'était plus vierge au moment du mariage.

Le tribunal retient l'argumentation du mari insatisfait.

L'argumentation, telle qu'elle est relatée par la presse, fait plus penser à un contentieux du droit de la consommation qu'à un litige matrimonial.


L'option juridique comme l'interprétation peut paraitre étonnantes au XXI° siècle dans un pays tel que la France.

Un journaliste accoste un intellectuel pour son quotidien du soir : 

- Monsieur Georges Bernard Shaw, que pensez-vous de la civilisation ?

- Ce serait une bone chose à inventer. 

Une femme les yeux bandés tenant une balance dans sa main s'avance dans l'allée sombre d'un temple grec (mauvaise copie style pompier 19°s) : 

- Esprit es-tu là ? (mi-enthouisaste, mi angoissée, voix fluette)

- ... (silence juste perturbé par un petit bruit de tissus qu'on froisse)

- Esprit, ... es-tu là ? (inquiète - voix chevrotante)

- Hum, Hum, ...  (grosse voix grave - l'air agacé)

- Je suis venue te demander... (encore plus inquiète)

- Quoi ? ... Approche ! (encore plus agacé)

- Ah ? Où ça ? (dubitatif)

- Ici ! (impatient)

- Ah ! Là !... (illuminée)

- Grand Prêtre, dis, montre moi lla voie de la sagesse. (déférante crescendo)

- Tu enlèves ton bandeau, tu emballes ta vaisselle et tu vises la lumière. C'est la porte.(ennervé)

- Mais...

- Il n'y a pas de mais !  (trés sec) N'oublies pas de fermer, la lumière et les courants d'air me dérangent quand je me repose. (marmonant presque)

La décision de justice peut porter à confusion en laissant croire à une conception de la femme rabaissée au niveau d'un produit de consommation.

Une salle d'audience : 

- Monsieur le président ? (déférant)

- Mh, ... Oui ? (absent)

- Elle n'était pas neuve... (Murmure dans la salle)

- Et la garantie ?

- Les parents refusent de la reprendre ou de payer, Monsieur le président.

- Foutrebleu !

- En effet, Monsieur le président.

- Quelle famille !

- J'allais vous le dire.

- Et alors ?

- Mon client est donc légitimement en droit de demander à être dédommagé ! (applaudissements)

- Silence ! ... Silence ! ... (bruits de marteaux) Ou je fais évacuer la salle (brouhaha)

- Hop ! (du fond - éclats de rire gras)

- Qu'on fasse sortir les femmes ! (les hommes se lèvent et applaudissent - le président salue le public).

- Alors, Monsieur le président ? (inquiet)

- Garde, vérifiez qu'il ne reste aucune femme...

- Non, Monsieur le président !

- Bien ! ...

- Monsieur le président .. ?

- Oui Maître ?

- Votre décision ?

- Je réfléchis, un instant...

- ... Silence

- Hm, Hm...

- Oui Monsieur le président... 

- Alors, Cher Maître et après en avoir longuement délibéré avec moi-même, je considère qu'il y a erreur sur la qualité substantielle, le contrat est nul. Le mariage n'a donc jamais existé. J'accueille favorablement la requête de Monsieur. Monsieur peut se racheter une autre femme.

 

La femme au fourneau et au piano. L'idéal féminin du ... 19° siècle. Pour les moins attardés.

Le bureau d'un doyen de faculté, deux hommes bien-portant assis chacun dans un fauteuil club, un verre de Brandy à la main, un cigare dans l'autre : 

- Quelle journée fasitidieuse.

- Ne m'en parlez pas !

- Ces thèses transversales où tout se mélange, on n'y comprend plus rien.

- C'était quand même bien plus simple de notre temps. 

- Certes.

- Je ne vous le fais pas dire.

- Hm, Hm... 

- Alors cher confère comment se porte votre faculté de sciences humaines ?

- Bien, bien. Et vous mon ami ? Comment va le droit ?

- Ma foi, je ne plains pas. Beaucoup de cancres... Nous l'avons tous été ... (rires discrets). Hm Hme ... Et votre thésard sur l'analyse comparée de Freud et de Beccaria ? 

- Ses travaux avancent. Heureusement que je suis là. Quel fainéant !

- Non ?

- Si je n'étais pas toujours derrière lui à le stimuler pour lui pomper ses idées, il ne ferait rien !

- Sans blague ? 

- Ma surveillance tatillonne de ses travaux m'a permis de m'en convaincre...

- Ah... Bravo. Vous êtes un véritable pédagogue, savoir mobiliser les esprits, l'intelligence...

- Il m'a pemis de dégager une certitude.

- Ah... Laquelle ? 

- Le complexe de la castration ravage la justice. (catégorique)

- Les gens de robe seraient misogynes ? (pensif)

- Non ! (catégorique)

- Comment pouvez-vous être si affirmatif ? (admiratif)

- Il n'ont pas de braguette ! (affirmatif)

- Ah bon ? (surpris)

- Sur la robe, en tout cas. (incertain)

- Et puis ?

- Une majorité de femmes.

- C'est vrai ! (heureux)

- Et beaucoup de gonzesses.

- Hélas... (dépité)

- Il n'y a plus de valeur ni de principe.

(Lire Porterhouse de Tom Sharpe). 

La décision de justice confirme l'existence d'une tendance à la réification de l'humain en général, et de la femme en particulier.

Il reçoit l'absoute judiciaire.

Certaines femmes pourraient objecter que l'inconvénient de la justice des hommes, en l'espèce surtout, est d'être rendue par des hommes. Rien ne permet d'affirmer qu'aucun magistrat féminin n'ait participé à la décision.

Salle de délibéré, très chaud, beaucoup de dossiers sur une grande table, trois hommes affairés en bras de chemise. L'un d'eux fait semblant de se concentrer. Il joue avec un élastique et soufle comme un phoque :

- Ce dossier est vraiment pénible. Pfff...

- Nous les avons tirés chacun au sort, mon ami... (catégorique) 

- J'allais vous le dire. C'est le mauvais sort.

- Courage ...

- Aïe  ! (l'élastic s'est cassé et lui est parti dans la figure) 

- Nous nous occuperons de votre veuve. (humour)

- Un dossier entre catholiques, c'est quand même plus vite expédié...

- Allons, pas de discrimination, la religion est une affaire privée... 

- Et lui ? Il était vierge peut-être ?

- Je crois que le "i" est de trop... 

- Allez, il faut prendre une décision !

- Que dis le Parquet ?

- Il s'en fout.

- C'est bien lui,ça ...

- Ne jamais dire Fontaine, je ne boirai pas de ton eau...

- ?

- Vous ne vouliez pas aller au parquet à un moment ?

- C'est du passé... 

- Non, c'est du civil. 

- On la fait à pile ou face ?

- Le sujet est délicat... (répprobateur)

- Et bien justement ! Qu'avons nous à craindre ?

- Une immigration judiciaire pour obtenir la répudiation des femmes.

- Une surenchère de motifs aussi : pour le sida,

- Un cancer,

- Des dents déchaussées,

- Du poil aux jambes.

-  ... (silence)

- Quel boulot ! (angoissé) Aucune femme n'échappera plus à l'inspection de son mari.

- Félicie aussi...(amusé) 

- Il sera très dur de nous accuser de misogynie. (content de lui). 

- Tout à fait cher confrère. Une institution n'a pas de sexe ! (exclamatif)

- Sinon celui de ses membres. (coquin, rire général)

(Lire La Panne de Dürrenmatt)fd7b76d1cee8da7f254cd6cd0ec1e5fe.jpg

Sur une station d'autoroute, quelque part entre le Pôle Sud et le Pôle Nord :

- La direction du pays des droits de l'homme, s'il vous plaît ?

- Par La Mecque !

(Lire un atlas) 

La justice aurait-telle hissé les voiles ? 

Au comptoir de la Brasserie du Palais en face du tribunal, trois magistrats sont au comptoire épuisés :

- M'sieur le président, qu'je vous sers ? (gros accent)

- Un demi, Bernard... Je l'ai bien mérité. Quelle journée ! ... (voix distinguée et lasse)

- Et vous, m'dame le juge ?

- Un whyski, un double. Quelle histoire... (voix de femme épuisée)

- Et vous, m'sieur le juge ?

- Quelque chose de fort... (voix d'homme exténué)

(entre l'avocat de la femme répudiée qui s'approche du bar) 

- Tiens l'avocat, j'vous sers quoi ?

- Un de ces sodas noir plein de bulles et de sucre qui rend obèse.

- C'est pourtant un poison qui se vend pour dissoudre les graisses... (humour timide)

- Vous dissolvez bien les mariages, Monsieur le président. (persifleur)

- Hm, ... Hm (petite toux de circonstances)

- Je plaisantais (froid) 

- Et comment votre cliente prend cette décision, Maître ? (gêné)

- Bien, je vous remercie. (sec)

- (...) Pas trop déçue ? (inquiet)

- Oh non, pas du tout ! (enjoué)

- ... ?! (silence interloqué)

- Au contraire elle vous remercie, vous et votre tribunal. (enthousiaste)

- ...

- De l'avoir débarassée d'un con pareil.

- ... 

- Mais ne le répétez pas, je risquerai d'être débordé. (L'avocat finit son verre).  Bernard, vous mettez cette tournée sur mon compte. Ce n'est que justice.
 

Nb : la chronique d'Alain-Gérard Slama du 2 juin dans le Figaro

Commentaires

Depuis quand le consentement valable n'est plus une priorité ?
Le procureur n'avait aucun commentaire à faire, et la femme était d'accord. Même Dati ne veut pas s'en mêler.
C'est pas la première fois qu'un mariage est annulé faute de consentement valable.

Réponse :

Merci pour votre commentaire :

Il serait bien que vous citiez les propos et leurs sources.

Un juriste français Loysel disait qu' "En mariage trompe qui peut".

Écrit par : Valesco | 02/06/2008

L'adage dit: "En amour, trompe qui peut". Le code civil ne prévoit pas que des époux s'aiment: le mariage est un contrat synnalagmatique (droits et obligations de part et d'autres) et en effet, dans ce cas-ci, légalement, on peut dire que le Monsieur a été "trompé sur la marchandise", d'autant plus que la jeune femme l'a reconnu... C'est cruel, mais juridiquement ça se tient. Il aurait pu faire de même si l'épouse avait été stérile, ou avait menti sur d'autres points. Je sais... mais c'est comme ça... Le mariage est prévu comme un contrat, pas comme une consécration de l'amour (lequel est défini parfaitement dans II Corinthiens, chapitre 13)

Commentaire :

"Si Monsieur a été trompé sur la marchandise... " Alors, ça change tout.

- L'esclave, là ! C'est combien ?
- C'est cher...
- Elle est fraîche au moins ?
- Cueillie ce matin !
- Pas trop roulée ?
- Vous voulez l'essayer ?
- Mais, elle s'ra plus neuve après...
- J'en ai plein d'autres. La satisfaction du client d'abord !

Le mariage civil est une affaire de patrimoine pas de sentiments. Le débat ne porte donc pas sur l'amour puisque le code civil en est dépourvu. Il l'ignore. La femme française a attendu 1974 pour avoir les mêmes droits que son mari et s'émanciper de sa tutelle. Quand on aime on ne compte pas.

A l'origine - et pour un certain temps - Le code "Napoléon" privait la femme mariée de personnalité juridique et de patrimoine ; parce que justement le mariage n'est pas un contrat en droit civil, et ne l'a jamais été.
Le mariage figure dans titre bien distinct de la vente. Cela témoigne de la volonté à distinguer le consentement au mariage à un simple accord réciproque mais à lui donner une autre cause. Le consentement au mariage ne peut donc pas s'assimiler à celui de la vente. L'erreur en mariage portait sur la personne à l'origine, pas sur ses qualités substantielles ou supposées.

L'inconvénient du débat n'est pas trop la décision elle même que de parvenir à convaincre l'opinion que la formation du consentement dans la vente ou le mariage relèvent de considérations identiques parce que cela ramène à convaincre la même opinion que le statut de la femme mariée peut s'assimiler à celui d'une potiche fêlée. C'est cela qui laisse tout de même sceptique.

Ce genre de confusion n'est pas un fait isolé malheureusement. Nous le retrouvons dans de très nombreux domaines comme le don d'organes, l'adoption, le génie génétique, l'avortement, la procréation, etc.

L'évolution visant à assimiler les choses et l'humain n'est pas sain quelqu'en soit le motif tout aussi généreux qu'il puisse paraître. Il y a une incohérence à stigmatiser un jour la barbarie au nom du respect de la personne humaine et l'abaisser le lendemain au niveau d'un chose par un sophisme juridique. Qu'en sera-t-il de l'adoption si l'acquéreur n'est pas satisfait du produit ?

- Je vous rapporte le mioche !
- Satisfait Monsieur !
- Mal fini, et qu'est-ce qu'il consomme...
- Satisfait ou remboursé, c'est la devise de la maison.
- Roger ! Viens chercher le modèle retourné.
- Qu'est-ce qu'on en fait ?
- De la pièce de rechange...

Normalement, et c'est Montesquieu qui en a fait tout un livre, c'est l'esprit des lois qui doit l'emporter sur la lettre. Il est mort peut être... le principe.

Un ministre de la justice est quand même venu rtémoigner et rappeler sérieusement qu' " «Il n'y a au sens strict aucune erreur de procédure» dans l'affaire Outreau"

http://www.lefigaro.fr/france/20060323.FIG000000157_outreau_les_ministres_n_ont_pas_ete_alertes.html

Les femmes françaises peuvent être rassurées.

Écrit par : Anne | 02/06/2008

Oui, absolument, l'humain est une marchandise. La femme en particulier, et les enfants qu'on trafique ou qu'on tue dès l'utérus si ils ne sont pas "normaux". J'attends les huées des eugénistes qui cachent leurs intentions dans du papier cadeau humanitaire et droits de l'hommistes ...

La lettre tue, l'esprit vivifie. Dans le cas qui nous préoccupe, c'est la lettre qui l'a emporté. Mais juridiquement ça se tient...

Je lis dans le Nouvel Obs qu'il y a des rumeurs d'appel de cette décision. Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée dans la mesure où cette pauvre jeune fille en a déjà sûrement assez bavé, et devra sûrement boire sa coupe jusqu'à la lie lorsqu'on sait à quel point les traditions et extrémismes religieux ont la dent dure.

Réponse au commentaire :

Il n'est pas certain, en effet, que la solution juste - en droit - pour la femme passait par une décision donnant raison à son mari.

Je reste sur mon analyse juridique parce que la solution consistant à confondre le droit du mariage avec le droit de la consommation conduit à des confusions dont on ne mesure peut-être pas toutes les conséquences. Cest d'autant plus dommage que - fort heureusement - de beaux esprits nous appelent fréquemment à se remémorer un passé où l'homme était déconsidéré et traité comme un produit périssable, une pollution. Cette contradiction - naissant de la cohabitation de l'indifférence du présent et de l'émotion entretenue du passé - témoigne d'une absence de maturité intellectuelle de l'opinion en général, et de ses élites en particulier. L'incohérence a de l'avenir.

La question de la femme dans la religion - même musulmane - est souvent abordée par des clichés témoignant du dévoiement du dogme pour préserver des coutumes patriarcales.
Un prêtre et un imam sont plus à même de débattre de la place de la femme dans la religion.

Les droits de l'homme sont une belle chose. Leur faiblesse provient qu'un principe ne crie pas quand on le viole.

Écrit par : Anne | 03/06/2008

Et si "le" Juge avait été une femme ? Peut-on imaginer la même décision ?


Réponse :

Merci pour votre commentaire.

La question est soulevée dans la note.

Le principe d'égalité fait que magistrat est un métier où la femme a le droit de porter une robe comme les hommes.
L'interdiction de la discrimination ne permet pas de penser qu'une femme puisse avoir moins d'ambition qu'un homme.
Rien n'autorise à écarter la possibilité qu'une femme puisse contribuer autant qu'un homme à une décision de justice.

Écrit par : François Collette | 04/06/2008

Le scandale est que le problème se pose toujours au 21ème siècle et que les femmes n'ont toujours pas les mêmes droits que les hommes.

Malgré les revendications et les soit-disant règles et efforts mis en place, les femmes - encore une fois - restent loin derrière les hommes pour la plupart des métiers et droits.

Que ce soit en salaire, en acceptation pour divers métiers... et j'en passe

Réponse au commentaire :

Merci pour votre intérêt.

Les sociétés n'ont finalement de moderne que le nom. Chassez le naturel et il revient au galop. Il n'y a pas besoin d'aller en Afghanistan pour relever les effets de la misogynie.

Écrit par : Sex-toys | 08/06/2008

Cependant je vais avouer que le monde avance et les temps évoluent...

Les droits des femmes aujourd'hui ne sont, certes pas encore égaux à ceux des hommes, mais il ne faut pas oublier d'où l'on vient et quel était le droit des femmes il y à une cinquantaine d'années.

Il est vrai pour autant que dans certains pays, et dans certaines civilisations, il y a encore beaucoup plus de chemin à parcourir.

Espérons qu'un jour la question du droit/devoir femme/homme ne se posera plus ...

Cordialement

Réponse au commentaire :

Que Dieu vous entende.
Merci de rappeler que le statut de la femme mariée en Europe, et dans certains pays pourtant très éclairés, n'a vraiment "évolué" que très récemment.
Nb : Le nom et le lien de l'auteur du commentaire ont été modifiés.

Écrit par : Rex Toys | 26/11/2008

Les commentaires sont fermés.