Blogs Lalibre.be
Lalibre.be | Créer un Blog | Avertir le modérateur

26/05/2008

Nuit désamusée et méditations parnassiennes.

Merci tout d'abord à La Libre Belgique d'offrir à ses bloggers une expériences pleine de promesses, à Valérie et Céline pour leur gentillesse et le plaisir de les avoir rencontrées. Les autres lauréates au concours de la nuit des musées sont également chaleureusement saluées. Il n'y avait que des femmes.

055deb411b0a02b912b0ce42e6967087.jpg

 

Nous avions rendez-vous à la gare du Midi pour prendre Thalys direction gare du Nord à Paris. Les noms de gare sont comme les girouettes. Ils donnent la direction.




d68dc3eddfc81500f7ca0cbae681c57c.jpg Thalys sonne comme une invitation au voyage, un embarquement pour une autre Cythère (*).

Ce fut très agréable.

Première classe. Tapis volant dans l'horizon ondoyant. Les plaines ondulent comme la houle s'épuise. Le paysage et la destination soufflent l'idée que le nom Thalys est une contraction, sorte de mot-valise, faite de Thal et de Lys.

Le confort du train pour voyager l'emporte sur l'avion.

Le fichage anthropométrique et la nécessité de voyager  en tong et en survêtement pour passer les contrôles sont pénibles. On n'ira plus en Amérique en attendant qu'un investisseur bien intentionné ait l'idée de promouvoir la réouverture des lignes commerciales maritimes.

Il y a encore quelques cargos mixtes... 

La vitesse précipite. Elle stresse. C'est préjudiciable à la pensée. Qu'y a-t-il de mieux que le bateau pour se ré-approprier le temps que l'avion vole au voyageur ? La contemplation de l'élément liquide favorise la réflexion. Poser son sac et regarder. Voir. L'intelligence du regard. Domestiquer progressivement l'ennui. Brahms, Rimbaud étaient de grands marcheurs. Acquisition du rythme. Il y a du bonheur à s'émanciper de la précipitation.

Thalys atteint sa vitesse de croisière. Les yeux se porte au lointain, dans les airs. L'horizon ouvert rappelle la mer où l'élément liquide et gazeux s'épousent au lointain. Le dégradé des couleurs s'estompe comme un Rothko.

44f35a70b01fa7aa2484a04cd09bc6f5.jpg

 

L'horizon se devine souvent plus qu'il ne se voit ; repoussant les limites du monde visible dans l'espace, l'océan de l'invisible.

Platon distinguait trois catégories d'hommes : les vivants les morts et ceux qui vont sur la mer. Paris séduit l'amateur d'art et d'esprit comme la mer inspire le poète. "Homme libre, toujours tu chériras la mer".

7db60a308e15be0b5363e10c53f6014a.jpg

Peinture de Gaspard David Friedrich

On se réjouit d'avance d'aller à la rencontre d'un ailleurs magnifié ayant ébloui le monde de mots, de sons et de couleurs.

Sous le pont Mirabea coule la Seine (*)

Une farandole de noms se forme en un instant.

Offrir une soirée "VIP" à la nuit des musées à Paris flatte l'imaginaire.

068461318869ce9a5b6f6329d6bab373.jpg

 

La Ville-lumières fait monter les enchères.

Capitale historique de la haute-couture (*), du parfum, de l'art ; ayant vu naître l'impressionnisme, le cubisme, le fauvisme, le pointillisme - mais le gaullisme est né à Londres, produit d'importation donc - et accueilli tant de génies qui s'y révèleront dans des lieux devenus aussi mythiques aujourd'hui qu'ils étaient infréquentables à la "Belle Epoque" : le  Bateau-Lavoir, la Ruche, ...

dbb0716d794e876a468a02d256954eb8.jpg

 

Peinture d'Isaac Pailes, ami de Soutine, ayant vécu à la Ruche. 

Die Maler der ganzen Welt hatten sich vereinigt  in Paris (traduction).

Ach ! ... Paris...

Des peintres de tous les pays y venaient, ou se rendaient à proximité, comme à Barbizon ou à Moret-sur-Loing, à proximité de Fontainebleau. Refuges de peintres selon les époques, les villes ont donné leur nom à un style ; l'école de Paris, l'école de Barbizon, école de Fontainebleau, ...

Merci à Van Eyck d'avoir inventé la peinture à l'huile, quelques années plus tôt.

Les squats d'autrefois semblent plus poétiques que les actuels. Les drames d'aujourd'hui estompent la misère et les difficultés d'hier.

9d964487dae73298b4b09f4659f538fc.jpg

Ce tableau de Françoise Nielly a été trouvé ici (Note du 17 août)

Les paradis artificiels ont fait des ravages. L'incandescence de Modigiliani s'est abîmée dans la cocaïne, le haschisch, le vin, le rhum, l'éther, etc.

Nombreux, comme Verlaine, ont rimé en vers d'absinthe et se sont consumés dans l'alcool.

949d0dd9faca3eb7755d3fc0b00fb425.jpg

Les sanglots longs des violons de l'automne blessent mon coeur d'une langueur monotone  (*)

L'art est tragique dans ce qu'il a d'exclusif, d'obsessionnel. Il malmène plus durement certains que d'autres.

Les plus désespérés sont les chants les plus beaux, et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots.(*)

La culture est paradoxale dans ses effets, d'être à la fois aliénante et libératrice, créatrice et destructrice. Cette dimension de l'art est peut-être à l'origine de la "création destructice" de Schumpeter dans son analyse du capitalisme. 

78dca54aea8bedae50a3296336f71b45.jpg

 

Un autre paradoxe de la culture vient de l'histoire. 

L'histoire révèle en effet que les grands classiques d'aujourd'hui sont les marginaux d'hier. On observe à l'inverse que les peintres officiels  - les "pompiers", thuriféraires du pouvoir - tombent dans l'oubli. Leurs compositions n'intéressent pas, plus ou de façon très ... marginale. L'art officiel s'est discrédité dans un fourvoyement tragique aux totalitarismes du 20° siècle.

L'innovation de l'impressionisme n'a pas été seulement picturale. Les peintres impressionnistes ont révolutionné la peinture en affirmant leur volonté de s'émanciperse de la tutelle du mécénat et des commandes officielles. Ce fut une déclaration d'indépendance du peintre par rapport à la pensée dominante, aux salons officiels. L'école de Paris s'opposera à la récupération politique et nationaliste de son nom dans les années 1950. Les peintres refuseront de se conformer aux standards de l'ère Malraux. Ils pérénisèrent les salons indépendants. L'artiste ne peint plus ce que l'on souhaite voir. Il défend une conception de la liberté d'expression qui s'étend à la création artistique.

b1a11c22b8e6068316f5000a87158cf6.jpgL'accélération du temps semble rendre la marginalité conformiste et, par une réaction contradictoire, faire que s'habiller classiquement est devenu une forme de singularité. L'époque est au paraitre. L'affirmation de la suprématie technicienne limite l'humain à un rôle de consommateur compulsif. Einstein déplorait déjà cette dérive conduisant à se limiter à "la satisfactiondes instincts de masse".

La culture apparaît libératrice par défaut ; quand elle manque. L'aculturation anésthésie le sens critique, la capacité d'indignation. Elle favorise le mépris, l'indifférence. La pauvreté spirituelle désarme l'individu face au progrès, la singularité technologique (cf "La condition inhumaine" d'Olivier Dyens).

La liste des "marginaux" d'hier, sans-papier d'aujourd'hui, ayant fréquenté Montparnasse ou Montmartre est longue. Le ministère de l'identité nationale et de l'intégration français aurait beaucoup de travail. Il s'interrogera si l'impressionnisme aurait pu connaître un pareil succès s'il avait existé à l'époque.

77b55eb638305ac16be94de8146540fb.jpg

De nombreux talents et acheteurs n'étaient pas français.

"Il n'est de richesses que d'homme" (Jean Bodin)

Le nombre des peintres ayant trouvé en France un terrain propice à leur talent est "impressionnant" : Picasso, Cézanne, Soutine, Renoir, Courbet, Manet, Seurat, Monet, Giacometti, Degas, Chagall, Sysley, Signac, Matisse, Pissaro, Buffet, Vlaminck, Braque, Brancusi, Van Gogh, Mary Cassatt, Toulouse Lautrec...

La difficultés d'intégration du génie n'est pas exclusive à la peinture. Alfred Jary, Jean Vigo, Erik Satie, ... en témoignent.

ba16357a75a4c0141c9ed85870ecf1d3.jpg

Ces gens se fréquentaient tous et se connaissaient ; provoquant l'émulation. L'école de Paris comptera plus de 500 peintres venus de toute l'Europe entre les deux guerres mondiales (Allemagne, Pologne, Russie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Tchécoslovaquie).

Le microcosme des peintres parisiens s'animait constamment. Il connaissait des amitiés et des amours (Kiki de Montparnasse) des séparations (Dali, Eluard et Gala), des drames (Jeanne HébuterneGérard de Nerval).

Des scandales perturbent leurs expositions.

La police intervient à la galerie Berthe Weill lors du vernissage pour outrages à la pudeur le 3 décembre 1917, privant le peintre de la possibilité de vendre une seule de ses toiles.

" Berthe Weill est convoquée autoritairement par le commissaire de police dont les locaux font face à la galerie ; elle traverse la rue sous les huées et quolibets pour s'entendre ordonner "d'enlever toutes ces ordures". La lutteuse qu'elle est tient tête : "Mais qu'ont-ils donc ces nus ?", question qui provoque la réponse hurlée et menaçante du commissaire de police : "Ces nus...ils ont des poils !" Il a fallu fermer la galerie et renoncer à l'exposition."

8ce39fab186c8b5de87aedffa13dca1c.jpg 251faf7d48d5950ce8c85c475aba05f0.jpg

8d66ffb750a12153bf47e1e5ae9b467f.jpg

 

 

 

 

 

26dc72c30155c1e424d535db87b2ee64.jpg

01663e20b6706d56b097734f8784c0d8.jpg
2f09a1c70a6e3772e3636399ba275b22.jpg

62b8510c43c1e03036b309060a1275b4.jpg

8bae29061e1e7ffc64333d2da10a4782.jpg
db93a8c05e455e892dd6e6bd2c31e4de.jpg

La postérité n'a pas retenu le nom de ce fonctionnaire de police allergique aux poils ayant censuré l'unique exposition individuelle de Modigliani. La postérité et la notoriété des tableaux de Modigliani ont prouvé à la fois son talent et que la provocation n'est qu'une posture - une imposture même - quand elle n'est pas inspirée par le génie. Le comportement ridicule de l'agent public montre également comment le scandale se nourrit et prospère par l'incapacité de certains à s'extraire du formalisme quotidien.

L'hermétisme du monde bourgeois a beaucoup contribué par son inertie à la légende des "artistes maudits" comme l'illustre les poursuites de Charles Baudelaire par le procureur Ernest Pinard (*). Un nom pareil ne s'invente pas. Un Bouvard ou Pécuchet du droit. Flaubert ne portait pas les magistrats dans son coeur.

12dc79d6964f5824e10c0986fdcfcef2.jpg

La légende de Paris est un brouillard d'influences. Elle mêle le romantisme du jeune Werther de Goethe aux accords de la Bohème de Puccini. Et son contraire.

Thalys suit sa ligne. Les voyageurs celle de leurs idées.

690bd4f62b5d567f9847cb38d4ca8453.jpgLe voile de la nuit présage une rencontre intime avec des chefs-d'oeuvre ; une proximité rare des artistes, diffuseurs d'émotions. Un intermède de calme, de luxe et de volupté, suspendant la trépidation quotidienne.

Se faufilier par les allées tamisées des grands musées ; musarder dans la contemplation de chef-d'oeuvres ; se faire surprendre par la proximité d'un génie à force d'en fréquenter ; illumination soudaine et fugitive d'un tête-à-tête furtif ; sentir l'air immobile de la nuit se troubler, l'esprit dardé et stimulé par l'émotion ; éprouver les vibrations de l'énergie créatrice, l'écho caverneux du désespoir ; ressentir la secrète sympathie, magnétisme de la communication des consciences s'établissant entre celui qui regarde et celui qui offre à voir.

L'art confronte l'homme, tant celui qui s'exprime que celui qui reçoit, à une notion d'absolu.

La notion de perfection que chacun possède, étrangement, n'existe nulle part. Descartes en déduit dans ses Méditations métaphysiques que la présence d'une idée de perfection innée chez tout homme témoigne de l'existence de Dieu (texte intégral). La convergence d'une quête d'absolu entre le religieux et l'art se concrétise dans l'art sacré, à la croisée de la foi et du talent.

24bc30f794488692ac9d8ef7ec23b6cd.jpg

 

Là où le prêtre enseigne l'espérance, le philosophe - éternel insatisfait - explique la désespérance de la quête artistique. "(...) il ne fait de mystère pour personne qu’une communication des consciences est un idéal désespéré qui sera toujours déçu ; et il n’est rien de pire que ce genre de déception consécutive à un idéal trop fort (...)". Popper

510060495e7d7beac38431ca1e0733bd.jpg

 


b07fc0a5332e4b5e80d496108864c166.jpg L'invitation aux vêpres de l'art - célébration de la création dans un écrin d'obscurité et le silence de la nuit (symbolique de la robe de Lune un peu après), paradoxe de la lumière qui s'expose  dans le noir, expérience vivante de  clair-obscur - était la promesse d'une fatigue illuminée à l'aube.

Ivre de couleurs et d'émotions, rêveuse ou assommée, à la terrasse ou au zinc d'un "bistrot" dans la capitale qui s'éveille, à boire un café en pensant à la débauche de talents qui s'exposait.

Thalys file.

Le regard impatient de se noyer dans la couleur se perd dans l'horizon gris-vert. Le train glisse sur la plaine ondoyante et lisse.

Une nuit des musées comme VIP à Paris était donc une enchère d'espérances. Le fait de se dérouler dans la ville lumières les multitpliait de façon exponentielle.

Paris et l'art ne pouvaient qu'engendrer une pareille exigence disproportionnée, toute à la mesure de la prétention française.

Thalys ralentit. On arrive.

 

Bon accueil.

L'accent précieux et haut perché du français des Français.

Direction l'hotel du Cadran pour se changer. Une salle de douche intéressante dans sa conception pour les petits espaces. Relevé de plan. Croquis à la louche.



On nous appelle. Ca y est. Et c'est parti.



Première étape, un petit musée.

Bizarre.

Une exposition de robes de Lune au musée de la mode GALLIERA.

0b050b4d9ca34f95df54292193647f35.jpg

 

Pas d'explication.

Dommage.

Dommage pour l'art textile.

L'amateur en est pour ses frais. L'art textile est enseigné à l'académie royale des beaux arts de Bruxelles. C'est à découvrir. On bénéficie des explications des élèves et des enseignants au moment des portes ouvertes de l'académie royale.

Cette visite à la Galliera porte la griffe du ministre de la culture. Christine Albanel aime les robes. Elle avait déjà témoigné de cet intérêt lors d'une exposition dans la chappelle du château de Versailles.

Dommage aussi pour l'artiste Diana Brennan. Son CV.

Un professeur de philosophie enseignait que les musées sont les cimetières de la culture. Le meilleur moyen de d'exposer une robe est de la porter ou la faire porter. Une robe entrant dans un musée est comme une langue qui n'existe plus que dans un dictionnaire. Surtout quand l'artiste est maintenu dans l'ombre. Effet de la nuit des musées dans la Ville lumières...

L'artiste appartient au monde vivant ; d'autant plus que sa création sublime la mort. L'art est à l'opposé du "Bling-Bling", fashion victim.

66042fe10757f6cd8fb0a39b2b9979ed.jpg

"Qu'il est beau le lavabo, qu'il est laid le bidet" (*

L'art n'a pas de valeur objective.

Il apporte une émotion. L'intensité est variable. "La beauté des choses est déjà dans l'esprit de qui les contemple" selon Hume. Le vrai et le beau sont liés. "La Vérité s'exprime dans la beauté" Benoît XVI. L'affirmation est théologique et scientifique. La foi et la science s'accordent. L'encyclique Fides et Ratio trouve dans le lien qui unit la beauté à la vérité une illustration objective. Dieu, qui ne joue pas aux dés, est peut-être un peu parnassien.

L'art est en revanche subjectif dans son appréciation. Chacun en a une réception particulière. L'intensité du choc poétique varie de l'indifférence à l'esthésie, voir une sensation à la limite violente de l'exaspération des sens aboutissant à l'évanouissement. In medio stat virtus. Une oeuvre résonne - ou raisone - différemment. "La poésie, c'est le choc - ou le chant - intérieur" (Lamartine)

Il peut même devenir alors introspectif. Une sorte de maïeutique. Psychée-délique dans son sens mythologique. Il révèle autant qu'il laisse apparaître. L'amateur se recherche. Le tableau qui plaît est celui dans lequel il se retrouve sans le savoir. L'oeuvre défiant le temps, elle transmet un sentiment d'éternité. Elle est l'antithèse de l'hédonisme.

Cinq minutes chrono. Entrée-Sortie de la GALLIERA (et non galleria) pour passer à table au Palais de Tokyo.



L'étape suivante est alimentaire, mon cher Watson.

 

5b9a710874881f04aff3c9b8ee9aab62.jpgDirection le Palais de Tokyo, sur les berges de la Seine. Décor très mode, genre loft en très grand. On s'attend à de la cuisine moléculaire servie dans un nuage d'azote liquide. L'inventeur - Hervé Thys - est profeseur au collège de France.

C'est l'histoire du Prométhée culinaire, une sorte de "Frankitchen". L'invention échappa à son concepteur.

Il est devenu très recherché de manger de la chimie dans un décor de congélateur.

cabe5720e678df213d8161998fd5eb7d.jpg
 
Il n'a pas fait l'école hotelière (son parcours

 

Finalement non. Repas classique, une cuisine de traiteur. Bien, mais sans plus.  Très bruyant. On s'entend pas. Le commun de la "branchitude".



L'étape suivante-et-demie fut communicante.



Le ministre de la culture, Chrisitne Albanel, fait savoir qu'il est disposé à nous rencontrer. Trop tard pour celles qui ont déjà commencé à manger ne peuvent pas y aller. Faut finir l'assiette... Cela sent l'opération de communication.

L'interview ne fut pas enthousiamante. Christine n'emballe pas comme Christo. L'initiation au parisianisme - sans h - est une activité difficile. N'est pas Bernard Henry Lévy qui veut.

74df2898ad531163af3b6a1e3916a83f.jpgCliquez sur l'image pour la grosse tête.

L'anecdote pose la question du rôle du journaliste. Doit-il être à la disposition du politique quand celui-ci le souhaite ? 

Il existe des médias publics pour celà.

Le pouvoir peut donc avoir accès à la communication. La démocratie voudrait qu'il existe un droit de parole, sorte de droit de réponse, pour les autres courants d'opinion.

Le journaliste n'est donc pas fait pour recueillir les informations calibrées et les répéter. Il reste donc à l'initiative de l'entretien quand l'actualité lui inspire des questions.

Un éditorial de Jean François Kahn lu dans une salle d'attente souligne le malaise.

c4ce8079de294701e62d42aa0bbaf8dd.jpgLa presse française célèbre pourtant Albert Londres par un prix éponyme.

La lecture de ses oeuvres complètes dessine un paradigme journalistique semblant devenir inatteignable au regard du nombre limité de quotidiens nationaux français (Le Figaro, Le Monde, Libération et La Croix). Les problèmes financiers de deux titres rendent la situation encore plus délicate. Ces quotidiens publieraient-ils encore de pareilles histoires aujourd'hui ? Pas sur...

L'idée du "reporter" type Albert Londres (Joseph Kessel, ...), journaliste d'investigation rapportant le fruit de ses enquêtes paraît appartenir au passé. L'époque est à la télé réalité qui n'a de réalité que le nom. Hein, Tintin ?



Le temps de l'intervivew du ministre - pas si long pour n'être pas arrivées au dessert - le fut suffisamment pour que - au fur et à mesure que nous arrivions - les musées soient fermés.

 

Et le timing, Christine ?

89d374da8cff04377d14520276cffa81.jpgD'autres photos sont disponibles ici

Interrogation. 

La nuit - dans beaucoup de pays du monde - est la période qui se trouve entre le coucher et le lever du soleil.

Ce n'est pas le cas en France.

Les Français ont révolutionné les poids et mesures avec le mêtre et le kilo. Mais en plus, chose restée ignorée jusqu'à ce soir, ils semblent avoir également bouleversé le temps. La nuit s'arrête à Paris vers minuit ou un heure du matin - selon l'endroit - et même s'il fait toujours sombre, cela n'est plus la nuit. N'importe quel gardien de musées parisien vous le confirmera.

 

Et volià. La France fait rêver. Mais sa nuit des musées aura fait la démonstration de la perfectibilité du monde des vivants et qu'elle n'échappe pas à la loi de la gravitation. Retour sur Terre.

 

On passe de "Gimme the Night" de Georges Benson à "Une Nuit sur le Mont Chauve" de Moussorgski (°).

97869ffb9ff4b0d896a4d0d3dc38601e.jpg Pas de promenade nocturne dans les allées du Louvre, hantés par Belphégor, ni de révélation inattendue au sourire de la Joconde livrée dans l'intimité d'une rencontre privée,  pas plus d'entretien impromptu avec Jan Fabre célèbre artiste belge contemporain exposé au Louvre actuellement. Nul ne verra l'éclat nocture de l'élytre de coléoptère.

Thalys nous avait fait rêver de contrastes, d'une explosion de couleurs chatoyantes, chaudes et enivrantes, de toiles impressionnistes éclatant dans le fuseau d'un projecteur déchirant l'obscurité, l'air immobile et le silence de la nuit ; le clair obscur se fondant dans l'ombre et se révèle timidement au chasseur d'émotions s'immobilisant dans sa contemplation satisfaite ; les formes d'une statue, à l'arrondi reflètant voluptueusement le trait de lumière qu'elle accroche, et qui se détache subtilement de l'obscurité, laissant imaginer progressivement le reste avec la dilatation de la pupille gourmande.

La frustration porte toujours à l'exagération. La déception fait qu'elle n'est plus métaphorique mais hyperbolique.

Fini le rêve.

Alors, bien sur, Paris c'est beau la nuit. Un scoop...

20b876a12fc3d7d302832eec5ecd8792.jpg

Qui l'ignore encore ?

Même ceux qui ne l'ont jamais vue en rèvent.

 

Flashback.

ff9e34327d4a0cbc8895ce00ff42947f.jpgPerdus dans le désert du Nevada, à la recherche d'une pompe à essence, nous avions quitté l'autoroute. Quitter l'autoroute aux US, c'est un coup à se retrouver sur du sable. C'est pratiquement le cas. On arrive dans un village fantôme. Un vrai. Vide. Des maisons délabrées le long de la route - ou ce qui faisait état autrefois de rue principale, avant la construction de l'autoroute. Des éclats de pare brise brillent au bout de la rue dans les vapeurs de chaleur. Une forme de station service se précise en avançant. Il y a effectivement des voitures de garées. Ca se précise en s'approchant. Elles ne sont pas abandonnées. En revanche, si c'est bien une station service, elle est désaffectée. Et toutes ces voitures au milieu de nulle part, alors ? Dans la chaleur et sous le Soleil du désert, quelques mètres à pieds pour pousser la porte du gourbi. La surprise de se retrouver dans un restaurant en entrant dans cette vielle station sur une route perdue de Los Angeles. Il n'y a que des Chinois. Génération spontannée. Sortis eux aussi de nulle part. Tout ce petit monde mange et papaute. L'intrusion d'Européens n'éveille que la curiosité du serveur :
"Paris, c'est aussi beau que le Casino (du même nom) à Las Vegas ?" - "No, it's better, much more better". More than this, there is nothing. Un ange passe... Regard illuminé du serveur satisfait qui nous place à côté du buffet.
 
84cca8983596707bd1223e0ee5ecdd4a.jpg
En original et en plus grand ici 
 
L'image américaine de Paris - et de la France - est un ensemble de clichés. Le Paris du bal musette sur un air d'accordéon, le ballon de rouge et la nappe à carreaux, la carte postale de Poulbot. "Revoir Paris" de Charles Trénet (*), "A Paris" - de Francis Lemarque - chanté par Yves Montand, Maurice Chevalier ou de Jean Gabin. Quand on s'promène au bord de l'eau...
4264d69ce0913f1fd2f59c7e564dab69.jpg

Raccord.

 

Paris nous a posé un lapin

Il a beau dire, Richard, qu'une ville c'est beau la nuit, on en doute dans un pareille moment.

Parce qu'on n'a pas envie. La déception fait voir tout le contraire. 

La ville ne montre que ce qu'elle a de beau, la nuit.

Elle laisse le reste caché dans l'ombre. Marcher dans Paris la nuit ne donne pas une image authentique de la ville. C'est une féérie. Un conte dessiné, du Dysney. Marne la Vallée n'est pas loin. C'est beau. Très beau.

La capitale illuminée s'offre comme un musée. Echo de la sentence du professeur de philo, "les musées sont le cimetière de la culture". Frisson du promeneur attardé enfermé au Père Lachaise.

7fbb939615b314c57cca100d20c11b1a.jpgMais voilà ; ce nétait pas Paris qu'on était venu voir.

Ni son atmosphère.

Quelle atmosphère ? Avec l'accent de dépit d'Aletty dans Hotel du Nord.

Correspondances des arts, Arletty fut un temps la compagne de Paul Guillaume, célèbre marchand de tableaux, qui fit connaître Modigliani, Picasso et Soutine. Elle inspira aussi des peintres comme Marie Laurencin, Kiss Van Dongen, Jean-Gabriel Domergue,ou Moïse Kisling dont elle fut le modèle.

Les visiteurs d'un soir (*) - de la nuit même - n'étaient pas venues pour regarder Paris mais voir Utrillo, Valadon, et Vlaminck, plus que les affiches du Sénat.

La déception.

On allait tout de même pas rester sur une note de dépit. Ce sera mieux demain. 

 

En effet, nous avons vu de très belles choses le lendemain en guise de consolation. Mais c'était plus la nuit...

 

Les deux étapes de jour nous ont conduites au Grand Palais puis à Beaubourg.

 

La première étape nous a fait découvrir le lustre d'une époque révolue - ils diraient même plus : pré-révolutionnaire - l'Ancien Régime. On y aimait et peignait des femmes bien en chair (*), plantureuses (c'est également la période de Fragonnard, Chardin). C'est fini, plus de femmes fortes, à l'exception de Botero (mais il n'est pas français). Le Nouveau régime doit être amaigrissant.

Découverte de Marie Antoinette donc, grâce à l'exposition qui se tient au Grand Palais, permettant de découvrir cette reine, son style et le talent des artistes de son époque.

cf5898a642e2c2dc2da96236e82a8f84.jpg
Galerie de portraits de Marie Antoinette par Mme Vigée Lebrun  ici 

 
L'histoire de France s'émancipe progressivement de ses certitudes républicaines. La contestation de l'historiographie officielle par certains historiens (Jean Tulard) lors du bicentenaire de la révolution avait déjà ébranlé la geste révolutionnaire.

La visite du musée du parc de Sceaux au sud de Paris permet de découvrir les dessous de la prise de la Bastille. La forteresse avait été vendue à Pierre François Palloy, un entrepreneur qui compléta sa fortune par la commercialisation des pierres de la forteresse dans chacune desquelles était sculptée une reproduction de la Bastille.

Le film de Sophia Coppolla et la biographie récente de Louis XVI donnent confusément à cette exposition le sentiment d'une réhabilitation plus discrète que la Russie le fit pour Nicolas II. Ce retour à une France défunte a eu l'avantage de faire oublier les déceptions contemporaines de la veille. Monsieur Cyclopède nous aurait dit : "Etonnant, non ?"

Voir également le blog de "café mode" sur cette exposition. 

 

Deuxième étape : le Centre Pompidou donne à voir une exposition des artistes du XX° siècle.

ebabd6dbaf490805755978ef09bf618d.jpg

 

Ce fut  un grand plaisir que d'être confrontée - enfin - aux émotions tant attendues, tant espérées - durant le voyage aller. Couleurs, formes, surprises, découvertes.

Il y en a eu à voir. Il y en a à revoir.

Geoges Braque, le golfe de Lecques, la petite baie de la Ciotta, l237ffe20393273bea8a907afeee9d1f5.jpg'estaque surtout (autre)

Les arbres rouges de Vlaminck qui ont échappé au kidnapping du Sénat (un autre est exposé et en vente à la  galerie Brenart à Bruxelles).

André Derain. Les bords de la Tamise, chère à Turner, les deux péniches, le faubourg de Collioure, une rue de Marly le Roi. Voir sa gallerie sur le musée virtuel.

Le bal Bullier de Sonia Delaunay, à ne pas confondre avec Robert Delaunay, son mari  (le champ de mars

 

 

cda51f15c187a9d0390b8c9bd08f9bba.jpg

 

La gamme jaune de Kupka

5ba3a83857ff5c0ceeaeea7b4d5894ef.jpg

12:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Belgique, France, art, culture, peinture

Commentaires

Votre compte-rendu est tout simplement merveilleux !!


Réponse :

Merci Anne.

Écrit par : Anne | 26/05/2008

Je trouve ça interactif et bien à la fois

Réponse au commentaire :

Merci Cindy

Écrit par : Cindy | 25/11/2008

Salut,

Je suis un artiste peintre camerounais à la recherche d'une galerie qui peut me faire exposer et m'héberger durant l'exposition entre novembre et décembre. J'ai un billet d'avion, passeport et 40 toiles réalismes abstrait et figuratif - acrylique sur toile technique du couteau a palette.

Merci pour votre bonne compréhension.

Réponse au commentaire :

L'Etre Persienne ne connaît pas de galerie de peinture auprès de qui vous pourriez être recommandé.

http://www.google.be/search?q=galeries+peinture+bruxelles&ie=utf-8&oe=utf-8&aq=t&rls=org.mozilla:fr:official&client=firefox-a

Les personnes pouvant répondre favorablement à cet appel peuvent contacter directement l'artiste sur son site présentant ses oeuvres.

Écrit par : Elouna | 19/08/2009

Les commentaires sont fermés.