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12/09/2008

L'état nazi

5665c8535de0f2e1b9df3bf33902530c.jpgL'euthanasie est un sujet récurrent, comme s'il n'allait s'arrêter d'être évoqué sur la place publique que le jour où le permis de tuer ne connaitrait plus de limite. Ce sera le début des abus (1). Le Monde Diplomatique a rappelé la proximité de l'euthanasie et de la solution finale.

 


Le débat avait été relancé en Flandres sur "l'élargissement" de l'euthanasie aux mineurs et aux délinquants. L'emploi du verbe "élarigir" peut paraître équivoque quand on sait qu'il peut signifier aussi - en langue française - "libérer".

L'euthanasie a l'inconvénient de porter en germe une dérive dangereuse. Elle favorise l'étape ultime de la réification de la vie, et donc de l'humain. L'eugénisme dans indifférence peut s'imposer dans l'opinion progressivement convaincue  par l'inocuité d'un procédé par un débat dont l'effet est de faire tomber les préventions morales qui distinguent la civilisation de la société technicienne.

L'effet du phénomène de réification de la vie est de rabaisser l'existence à celui d'un bien de consommation. L'humain n'est pas un jeu de construction, ni un stock de pièces de rechanges. Le trafic des organes en Chine procède de cette  tendance, caractérisitque du mépris et de l'indifférence.

Le discours pour l'extension de l'eutahnasie est d'ailleurs animée - assez paradoxalement - par des personnes promouvant l'idée - ou la certitude - d'un droit au bonheur ; au nom duquel il faudrait admetttre comme normale des atteintes à la vie. La société du "scandale ordinaire" serait le résultat à un droit au bonheur immédiat, à la jouissance et au plaisir. L'aboutissement de l'hédonisme est la mort, le vide et le néant.

Le bonheur n'est pas un produit. Il est facile de le promouvoir ou plus simplement le promettre. La faiblesse de s'en laisser convaincre produit l'impatience et pose les limites du modèle matérialiste mercantile. Les révolutions naissent des frustrations et des jalousies.

Saint Exupéry s'est placé à l'opposé de cette conception : "Si tu veux comprendre le mot bonheur, il faut l'entendre comme récompense et non comme but." Celui qui chemine doît rester attentif pour ditinguer chaque petit miracle et préserver sa capacité à l'émerveillement quotidien.  "le bonheur n'est pas au bout du chemin, il est le chemin". Renaud

Le bonheur est la somme de ces petits miracles dont l'accumulation est rendue possible par une conscience suffisamment attentive et qui ne se repose pas sur les autres.

La capacité à distinguer ces petits miracles amortit les épreuves, favoriser la sérennité. La biographie de saint François ("Frere François" par Julien Green) montre que l'extase du "Poverello" passait par son émerveillement du commun, de ce qu'on ne voit plus.

L'euthanasie est l'aboutissement dramatique d'un repli contraire conduisant à ne plus rien voir, sinon d'aspirer au toujours mieux ou au néant. C'est difficilement une source de satisfaction pour tout esprit critique ou exigeant.

Les objections soulevées par la foi

Deux éléments fondent principalement l'opposition entre opposants et partisans de l'euthanasie.

Ce sont le caractère sacré de la personne humaine d'une part et la dimension mystique de la souffrance d'autre part.

Selon la Genèse, l'homme est à l'image de Dieu (1, 26). Son essence divine renforce son caractère sacré. et appelle au respect de tous les hommes indistinctement qui s'exprime par  la charité -  l'amour - le respect de tous et de chacun. Donner ou réclamer la mort, au-delà du mépris pour le don de Dieu, conduit à considérer que l'homme peut ne plus être respectable dans ce qu'il a de plus essentiel. Les catholiques ne sont pas les seuls à le dire. Les juifs s'y associent. Les musulmans reconnaissent la régularité d'une euthanasie passive mais condamne également l'euthanasie active.

La convergence des différentes religions montre que le débat sur l'euthanasie se pose entre croyants d'une part et non-croyants. Cette distinction apparaît aussi dans d'autres débats de société, comme la dénonciation du modèle néo-libéral.

Le refus de l'euthanasie est aussi un appel à l'espérance. La foi soutient l'homme dans la souffrance, lui permet de la sublimer. Sainte Thérèse l'évoque dans son "Histoire d'une âme " : " (...) j'ai compris que pour devenir une sainte, il fallait beaucoup souffrir, rechercher toujours le plus parfait et s'oublier soi même (...)" (Manuscrit A Folio 10 recto et verso).

Cette mystique rappelle la supériorité de l'esprit sur le corps contrairement à l'ère du paraître, de la société des apparences, du "bling-bling".

La vie de Mère Teresa et de très nombreux saints illustrent cette capacité à dominer la souffrance. Marthe Robin apporte un démenti à l'euthanasie. Celle-ci aurait rendu impossible ses oeuvres réalisées pour de nombreuses personnes à traves le monde.

La religion catholique n'enseigne pas l'immortalité mais l'éternité qui commence ici-bas. L'éternité est antithétique à l'idée qu'il n'y a rien après la mort, le néant. Se donner la mort correspond au rejet de l'éternité, au rejet de l'espérance. L'euthanasie est une fuite en avant, une vision désespérée et désespérante de la vie. Elle ne s'inscrit pas dans la démarche du don mais de l'abandon.

Paradoxes et contradictions areligieuses que soulève le débat sur l'euthanasie :

La réticence d'appeler les choses par leur nom (un suicide médical) et préférer des euphémismes comme "projet de fin de vie médicalement assisté" témoigne du refus d'assumer la réalité.

La part importante de subjectivité pouvant intervenir dans l'appréciation de la situation médicale d'un malade appelle à la prudence. Il n'y a pas de garantie pour un rique zéro. Chaque personne est une victime potentielle d'erreur dès que la loi organise et légalise la suppression physique.

La pratique de l'euthanasie comporte forcément un nombre d'erreurs comme en admettent les autres pratiques administratives, telles que le traitement administratif de la démence ou des étrangers par exemple. L'impécuniosité et/ou l'impatience de certains héritiers risque de rendre le nombre d'erreurs plus important. Cette vision péjorative de l'euthanasie n'est malheureusement pas à exclure.

L'euthanasie est également contradictoire à plusieurs points de vue.

Il apparaît incohérent qu'une société militant pour la suppression de la peine de mort promeuve l'idée de la disparition médicale. Le doute est encore plus grand quand cette idée viendrait à englober des mineurs. L'idée d'élargir l'euthanasie au cas de démence rappelle l'eugénisme. De nombreux pays l'ont pratiqué de façon plus ou moins systématique au début du 20° siècle. Il s'agit donc pas d'une régression vers une barbarie tant de fois stigmatisée.

Il  paraît également paradoxal qu'une civilisation qui met en avant l'accroissement de "l'espérance de vie" réfléchisse à faire disparaître ceux qui n'auraient plus - selon elle - rien à espérer.

L'exploitation médiatique de la souffrance d'une personne pour la promotion de l'euthanasie pose aussi la question de la décence. Certaines affaires ont reçu depuis un éclairage ou des témoignages soulevant la perplexité.

Les caractères de la loi sont d'être générale, abstraite et impersonnelle. Tout le contraire d'un diagnostic médical, individualisé, concret et unique. Cela atteste de l'inaséquation de la loi à régenter la relation d'un médecin avec son patient. il est nécessaire de préserver la relation humaine et privilégiée entre le médecin et son patient de l'intrusion de la loi. Laisser au médecin l'empathie et ne pas écarter la conscience de l'exercice de la science.

Le suicide des jeunes est une préoccupation importante de la société comme des parents. Quelle espérance, quelle image, quel message  pensent-ils adresser aux enfants en adoptant un discours pouvant laisser croire que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue dès que l'on rencontre une difficulté ? C'est la mort qui est une fatalité, pas la vie.

Un blog orthodoxe propose une réflexion intéressante sur le sujet.

NB du 2/12/2008 : Voir les réflexions critiques d'Axel Kahn sur l'euthanasie dans son ouvrage "L'ultime libérté ?"

(1) : Mise à jour suite à l'article paru dans la Libre Belgique 26 mars 2009

Euthanasie des mineurs

Philippe Monfils demande à la justice d'agir

Le sénateur MR Philippe Monfils a écrit au ministre de la Justice, Stefaan De Clerck, "pour lui demander de faire usage de son pouvoir d'injonction positive en demandant aux autorités judiciaires compétentes de poursuivre ceux qui ont contrevenu à la loi" sur l'euthanasie.

http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/491463/philip...

Commentaires

Je suis très choquée de voir "L'état nazi" juste au-dessus de la photo d'Hugo Claus.
Votre article est très documenté, très réfléchi. Une question : avez-vous eu, dans votre entourage, des personnes sur qui on a pratiqué une injection létale, sans prévenir, personne ? Moi bien et d'avoir été privée de la mort de mes parents, je ne m'en remettrai jamais. L'euthanasie, au moins, est encadrée.

Merci pour votre commentaire :

La photo d'Hugo Klaus a été dictée par son choix de mettre fin à sa vie par l'euthanasie.
Le titre de l'article a été dicté par la proximité funeste de l'authanasie avec la Shoah comme les historiens l'ont établie.
Le deuil qui vous a frappé est très triste. Les conditions dans lesquelles il s'est produit et que vous exposez semblent illégales. Cela rejoint la question posée par l'article, à savoir que ce n'est pas la loi qui garantit la légalité, mais la rigueur de ceux qui sont chargés de l'appliquer.

Nb : à ce sujet lire les réserves d'Axel Kahn
http://www.genethique.org/revues/revues/2008/novembre/20081126.2.asp

Écrit par : Mado | 12/09/2008

J'ai toujours cru que les gens ont le droit de faire de sa vie comme il veut. Je ne comprends pas les gens sont contre l'euthanasie parce qu'ils croient que si une personne est malade en phase terminale, il décide de lui sur le gril ou volontairement fin à leur douleur! Et je ne comprends pas l'attitude de beaucoup de nations à cette occasion!

Réponse à votre commentaire :

Votre point de vue est assez confus.

Vous ne vous en rendez peut-être pas compte, mais la vision consumériste de l'existence que vous promouvez est désespérante.

Quelle idée peut donner un pays à sa jeunesse en acceptant de penser que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue quand elle devient pénible ? Comment envisagez-vous que cela puisse être perçu par des jeunes, ou moins jeunes, confrontés à une crise d'adolescence, ou un accident de la vie ou au chômage ?

La jeunesse est l'avenir. C'est la priver d'espoir quand l'exemple des plus âgés est celui de la démission. Où est la cohérence à vouloir prévenir le suicide chez les jeunes quand on promeut la mort sur ordonnance ?

Écrit par : mdma drug testing pills | 05/12/2008

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