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13/05/2008

Irena Sendler

a8065bf21a7da60c03cd697b4ffcd352.jpg"Non, nous ne sommes pas condamnés au choix impossible entre la "naïveté de la résistance et l'abjection du consentement (1)". Au fond, il est tout simplement urgent de ne pas consentir. Aimer l'avenir passe ainsi paradoxalement par un mot de trois lettres qu'il faut réapprendre à articuler : non." (2)

Il y a des gens qui font des choses extraordinaires de leur vie et qui ne s'en satisfont pas, qui regrettent jusqu'au jour de leur mort de n'en avoir pas fait assez, encore plus. Ce fut le cas d'Irena Sendler.


Elle sauva toute seule 2500 enfants du ghetto de Varsovie en les cachant comme elle pouvait, sous ses jupes, dans ses sacs. Elle paya rudement et longtemps ce geste.

Torturée par la gestapo, elle échappera in extremis à la mort. Elle resta longtemps ignorée dans son propre pays malgré le titre de Juste entre les Nations, comme si l'histoire officielle s'écrivait par procuration ou récupération. Les cérémonies en l'honneur du dernier des poilus français - Lazarre Ponticelli renvoyé en Italie entre deux gendarmes - font écho à cette intuition. Les gens biens sont encombrants aux yeux de ceux qui ne le sont pas. C'est toute l'intrigue d'Othello de Shakespeare. Iago est un caractère vulgaire, commun. C'est lui qu'il dépeint finalement quand il persifle que " l'honneur est une essence qui ne se voit pas ; beaucoup semblent l'avoir qui ne l'ont plus".

Une époque où prospère l'éloge du mensonge devient imperméable à la vérité. Irena Sendler n'a pas connu la couverture médiatique de "Survivre avec les loups" ni éveillé la concupiscence des producteurs d'Holywood. OBSEQUIUM AMICOS VERITAS ODIUM PARIT (l'obséquiosité fait les amis, la vérité engendre la haine - Terence)

Son message résonnera d'autant plus fort qu'elle est restée humble. La société n'apprécie pas les obscurs qui font de l'ombre aux médiocres. Le signe d'une certaine justice a voulu qu'elle échappe de peu au destin des artistes maudits d'une postérité posthume. Irena Sendler, qui n'a pas brillé par les lettres ou la peinture mais par le courage et la générosité, aura évité le destin crépusculaire d'un Oskar Schindler.

Son exemple interpelle ceux et celles qui ont la prétention d'agir dans et pour la société. L'actualité témoigne que le courage civique semble s'exprimer de façon inversement proportionnelle avec le danger. Les voix pour dénoncer les abus s'expriment proportionnellement avec la violence. Les victimes crient toujours. Ce sont ceux qui mangent à leur faim qui ne les entendent pas.

Irina Sendler est sortie de sa cuisine. Elle a démontré que le civisme ne se mesure pas à l'aune du nombre des protestataires mais par l'intensité et la sincérité de chacun d'eux à refuser la fatalité et l'inertie. La solidarité n'est pas une activié qui se pratique entre membres d'un club privé ou d'une association. La bonne conscience est finalement celle qui s'improvise, sans calcul. Voilà la leçon.

Irena Sendler était restée l'an dernier à l'écart des cérémonies qui lui rendirent hommage. Mais elle avait fait lire une lettre par une survivante, Elzbieta Ficowska, qu'elle avait sauvée tout bébé en 1942 : "J'appelle tous les gens de bonne volonté à l'amour, la tolérance et la paix, pas seulement en temps de guerre, mais aussi en temps de paix" (Nouvel Observateur).

Elle a raison de rappeler l'importance d'être vigilant et rigoureux sur les prinicpes en temps de paix. La guerre naît de la négligence de ceux qui ont pour charge de rester en paix. Les monuments aux morts énumèrent les victimes de cette déficience. Elles ne sont pas seulement mortes de la guerre mais avant tout de l'impéritie de ceux qui les y ont conduits. Il y a un certain paradoxe pour un Etat à s'enorgueillir des victimes dont il a été incapable d'assurer la sécurité. C'est l'exemple le plus dramatique de cette tentation de se faire une réputation par procuration, sur la souffrance des autres, parfois consentie, mais bien plus souvent subie.

"Les bons politiques ne doivent pas remplir les portiques de textes écrits mais maintenir la justice dans les âmes ; ce n'est pas par les décrets mais par les moeurs  que les cités sont bien gérées." Isocrate (3)

REQUIESCAT IN PACE

 

(1) Alain Caillé

(2) Jean-Claude Guillebaud "Le goût de l'avenir" Ed. Seuil 2003 p.12

(3) cité par Jacqueline de Romilly "Une certaine idée de la Grèce" Editions de Fallois 2003 p.110

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