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21/03/2008

Euthanasie, économie et religion

42a8240d78ee4c25e4f2584761f7b7dc.jpgChantal Sébire est décédée. Paix à son âme.
 
Il ne s'agit pas de porter un jugement sur la volonté de Chantal Sébire à quitter ce Monde consciente d'y laisser ceux qu'elle aime désarmés face à sa maladie. Ces fêtes Pascales seront l'occasion de prier pour le repos de cette femme et le réconfort de sa famille.


 
La société dans laquelle se développe le débat sur l'euthanasie est incohérent quand cette société se félicite de l'allongement de l'espérance de vie et revendique le pouvoir de l'abréger. Le discours de l'euthanasie est encore plus incohérent dans une société qui milite pour la suppression de la peine de mort au nom d'une même dignité. Le respect à la vie évoqué par les abolitionnistes de la peine de mort est lui-même contredit par l'avortement, les recherches sur embryons, le trafic des dons d'organes...
 
Il n'y a pas vraiment d'incohérence quand on relève que tout cela procède du même mouvement de réification de la vie. Cette tendance fait de la vie une chose dont on veut jouir le plus longtemps possible et le mieux, et dont on souhaite tout à la fois pouvoir se débarrasser quand elle n'est plus satisfaisante. Une telle considération, basée sur un rapport qualité/prix, est consumériste. L'inconvénient de cette dérive est d'habituer insidieusement l'opinion à la désacralisation de la vie, et par ricochet, la convaincre d'une atteinte possible ou acceptable au respect de la personne humaine. L'euthanasie concourt directement à cette banalisation de l'humain avec ses conséquences et ses abus.
 
La lutte contre la peine de mort et la promotion de l'avortement se rejoignent aussi dans le soucis identique de se donner "bonne conscience" ; satisfaction plus sociale que morale quand elle est dictée par le soucis de l'apparence. L'hédonisme n'est pas que physique.

La revendication des promoteurs de l'euthanasie est une modification du droit. Le droit ne peut poser un principe du respect de la vie et ordonner son contraire sans perdre son autorité. Le recours à l'arbitrage témoigne déjà de la perte de confiance dans l'institution judiciaire. C'est inquiétant parce que le droit fonde les sociétés et le débat sur l'euthanasie est tronqué s'il se limite à la technique juridique stricto sensu.
 
d72f4eaa2368945f2fa4402a4041c446.jpgL'euthanasie n'est pas qu'une question de droit car ce débat renvoit aux comportements et aux choix matériels et éthiques. C'est également un choix ou une conception de la société. François Genoud, banquier du nazisme et exécuteur testamentaire de Hitler et de Goebbels, s'est suicidé avec l'aide de la société Exit (ça ne s'invente pas) qui vend de l'euthanasie à domicile.
 
Si Chantal Sébire a exprimé par voie de presse son soucis de vouloir mourir, tout le monde ne bénéficie pas de cette garantie. Sa souffrance lui était d'autant plus insupportable que la médecine, tout en continuant à la soigner, lui avouait sont impuissance à la guérir ou calmer ses douleurs.
 
C'est cette médecine qui par sa capacité à prolonger la vie au point de la rendre insupportable finit par inspirer des revendications à pouvoir donner la mort au patient qui la réclame. "L'acharnement thérapeutique" et la promotion de l'euthanasie convergent en un même intérêt financier. Les soins aux personnes âgées hospitalisées permet la mise au point des nouvelles molécules et l'euthanasie est un moyen de développer du chiffre d'affaires.
 
8d43daf2cc1a949b81253cf70ebde265.jpgLe monde moderne dépense 3000 milliards de dollars pour faire la guerre pendant qu'il contraint sa médecine à la mendicité. Les campagnes de dons pour le SIDA ont prouvé qu'il n'y a pas que la médecine des pauvres à devoir tendre la main. Ce genre de choix atteste du peu de considération portée à l'humain. La motivation d'un tel monde est la recherche du plaisir ou  du confort, continuer à mettre de l'essence dans la voiture par exemple. La situation dramatique de Chantal Sébire doit aussi être appréciée à la lumière de ce genre de choix de société. Quelques millions auraient suffi pour aider la recherche et améliorer le sort des malades comme la disparue. 10% de l'intelligence consacrée à faire la mal appliqué à faire le bien changerait l'humanité et le sort des malades comme Chantal Sébire.

La faiblesse du discours des promoteurs de l'euthanasie est de considérer le droit sous l'angle technique. La tergiversation de la France à légiférer sur l'euthanasie prouve que le débat n'est pas technique mais moral. La particularité du débat français est amplifié par la particularité "d'Etat laïc". Le militantisme qui s'y exerce aboutit à une confusion avec l'athéisme quand une élite, au nom de la défense de la laïcité, stigmatise la religion ou la morale.

Il est nécessaire de poser les termes du débat soulevé par l'avocat de Chantal Sébire comme il a été rapporté par la presse. Telle qu'il était formulé - et par son refus d'être plongée dans le coma pour permettre l'interruption des soins - l'avocat de Chantal Sébire réclamait plus pour sa cliente le pouvoir de recevoir la mort que de mourir. La requête visait donc à obtenir une autorisation judiciaire de pratiquer un suicide médicalisé. Chantal Sébire réclamait de l'Etat le droit de contraindre un médecin à lui donner la mort.

Fixer un droit à mourir opposable peut heurter la conscience des médecins. Chantal Sébire a développé une relation avec son médecin qui, sur la durée, a suscité l'empathie ou la pitié du thérapeute pour son malade. Cette empathie n'a pas le temps de se développer dans les hôpitaux où le nombre des patients rend impossible cette relation qui se développe dans la durée et la proximité. C'est ce même problème que pose l'avortement où le médecin est appelé à intervenir brutalement, parce que le droit le lui impose sans tenir compte du traumatisme possible de la patiente. L'Eglise ne condamne pas les femmes contraintes d'avorter (Zenit).

Il est difficile de légiférer à partir de cas extrêmes et imposer indistinctement à tout le corps médical d'assumer des actes douloureux et traumatisants. La notion de "cas extrême" elle même pose problème. Il ne faut pas ignorer non plus la difficulté du médecin confronté au refus d'une partie de la famille.

La difficulté d'un juriste, face à cette question, est de sentir confusément qu'il aborde un domaine régi par des principes supérieurs à la norme écrite. S'il est facile de légiférer pour régler des problèmes matériels, il en est autrement quand il s'agit de légaliser la mort, parce que la vie est le fondement essentiel, fondamental, de toute société.

Le droit n'est pas seulement une technique et l'euthanasie pose un problème moral. La difficulté est encore plus grande dans une société qui a exclu de son schéma de penser la religion par considération matérialiste - l'hédonisme, la recherche du plaisir, est un matérialisme. Elle s'est privée de la source de la morale ; parce que la morale découle de la religion. En rejetant le principe de la transcendance, le matérialisme rejette aussi la raison qui par nature n'est pas immanente. Il n'y a donc pas de morale matérialiste mais seulement une logique dictée par le soucis d'accumulation, de biens, de plaisirs, de profits. Prétendre le contraire entretient la confusion des sens et favorise l'apparence des choses sur leur signification réelle.

Le discours du lobby de l'euthanasie inverse les priorités de façon paradoxale en associant la dignité à la mort quand le but de toute société est avant tout d'assurer à ses membres de vivre descemment. Chantal Sébire a souffert avant tout de l'absence de préoccupation de la société à financer sa recherche médicale. Il paraît contradictoire d'évoquer la dignité pour justifier l'euthanasie quand le nombre de sans abris ne cesse de croître et que le taux de suicide est important.

Toutes les incohérences que soulèvent l'euthanasie sont régulièrement évoquées par l'Eglise et le pape. La religion catholique met en garde contre la dérive de l'apparence, de la facilité, aboutissant à la négation de l'homme et de la vie. C'est la même morale qui réprouve la guerre et qui réprouve l'euthanasie ; au nom des mêmes principes, ceux du respect de la vie et du respect de l'homme. La banalisation de la mort au travers d'une conception consommériste est proche du mépris des régimes totalitaires. Auschwitz n'est pas la conséquence de l'abandon des hommes par Dieu, mais l'aboutissement d'une société dont le choix politique fut de rejeter Dieu.

S'il y a une division du monde, il ne faut pas la chercher entre les civilisations, les religions mais plutôt entre les croyants et ceux qui ne croient pas. L'homme sans Dieu cherche des repères quand l'accumulation matérielle ou la recherche du plaisir est relativisée par l'enseignement religieux. La religion apparaît comme un obstacle à la croissance, au gaspillage et donc au profit. L'équilibre spirituel qu'elle apporte sont par ailleurs mal appréciés des politiques. Ce sont ces forces morales qui sont chaque fois visées. C'est sur cette opposition que se fonde également le débat sur l'euthanasie. Comme celui de l'avortement, du trafic d'organes, des expérimentations sur les embryons, ... La seule exigence de la religion est d'aimer son prochain, de nous aprendre à ne pas le regarder comme un chose ou ne pas considérer la vie comme un fardeau mais comme un don.
 
bf86ff8a7754d0704babefc2994e91bd.jpgIl est enfin surprenant que le débat sur l'euthanasie ait été relancé en Belgique, où la loi le permet, par le cas de Chantal Sébire, une étrangère inconnue, au moment même de la mort à 78 ans par euthanasie à l'hôpital d'Avers du grand auteur de réputation mondiale Hugo Claus. La disparition de l'écrivain, comme elle est rapportée dans la presse, semble plus un choix d'esthète que la conséquence d'un diagnostic. Si elle peut être interprétée comme l'expression ultime de la liberté d'un artiste connu pour son indépendance d'esprit ; le choix d'Hugo Claus n'en demeure pas moins discutable parce qu'il contribue à dissuader les plus jeunes à résister aux soucis dans une société se caractérisant déjà par leur taux élévé de suicide. Ce dont on discute moins. Est-ce parce qu'un suicide coûte moins à la collectivité que les soins aux personnes âgées ? Encore des économies pour la guerre...
 
Une pensée pour les chrétiens du Monde entier qui fêtent le vendredi saint dans la violence, comme en Irak où 600 000 Irakiens sont morts.

Commentaires

Les notes publiées sur ce blog le sont elles aussi ailleurs??

Je pense qu'elles mériteraient en tout cas un plus large écho que celui qu'elles peuvent avoir ici...

Sk1ppy!;-)


Réponse :

Je vous remercie pour votre attention.
Les notes de ce blog ne sont pas publiées ailleurs.
Cordialement,
Anny

Écrit par : Sk1ppy | 22/03/2008

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